‹ Théâtre de VoltaireChapitre 267 sur 339 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

Hélas! au désespoir que j'ai trop fait paraître, Une mère aisément pouvait se reconnaître. Voyez de cet enfant le père confondu , Qui ne vous a trahi qu'à force de vertu : L'un n'attend son salut que de son innocence; Et l'autre est respectable alors qu'il vous offense. Ne punissez que moi, qui trahis à-la-fois Et l'époux que j'admire, et le sang de mes rois. Digne époux ! digne objet de toute ma tendresse ! La pitié maternelle est ma seule faiblesse : Mon sort suivra le tien; je meurs si tu péris; Pardonne-moi du moins d'avoir sauvé ton fils.

ZAMTI.

Je t'ai tout pardonné, je n'ai plus à me plaindre. Pour le sang de mon roi je n'ai plus rien à craindre; Ses jours sont assurés.

GENGIS

Traître, ils ne le sont pas :

Va réparer ton crime , ou subir le trépas.

ZAMTI.

Le crime est d'obéir à des ordres injustes. La souveraine voix de mes maîtres augustes, Du sein de leurs tombeaux, parle plus haut que toi : Tu fus notre vainqueur, et tu n'es pas mon roi; Si j'étais ton sujet, je te serais fidèle. Arrache-moi la vie, et respecte mon zèle : Je t'ai livré mon fils, j'ai pu te l'immoler; Penses-tu que pour moi je puisse encor trembler?

GENGIS

Qu'on Tôte de mes yeux.

l\l\f\ L'ORPHELIN DE LA CHINE.

IDAMÉ

Ah ! daignez...

GENGIS

Qu'on l'entraîne.

IDAMÉ

Non, n'accablez que moi des traits de votre haine. Cruel ! qui m'aurait dit que j'aurais par vos coups Perdu mon empereur, mon fils, et mon époux? Quoi! votre aine jamais ne peut être amollie?

GENGIS

Allez , suivez l'époux à qui le sort vous lie. Est-ce à vous de prétendre encore à me toucher? Et quel droit avez-vous de me rien reprocher ?

IDAMÉ

Ah ! je l'avais prévu , je n'ai plus d'espérance.

GENGIS

Allez, dis-je, Idamé : si jamais la clémence Dans mon cœur malgré moi pouvait encore entrer, Vous sentez quels affronts il faudrait réparer.

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