‹ Théâtre de VoltaireChapitre 266 sur 339 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

GENGIS, OCTAR, OSMAN, d'un côté; IDAMÉ,

ZAMTI, de l'autre; GARDES.

GENGIS

Parle; as-tu satisfait à ma loi souveraine? As-tu mis dans mes mains le fils de l'empereur?

ZAMTI.

J'ai rempli mon devoir, c'en est fait; oui , seigneur.

/ GENGIS

Tu sais si je punis la fraude et l'insolence:

Tu sais que rien n'échappe aux coups de ma vengeance;

Que si le fils des rois par toi m'est enlevé,

Malgré ton imposture, il sera retrouvé;

Que son trépas certain va suivre ton supplice.

(à ses gardes. )

Mais je veux bien le croire. Allez , et qu'on saisisse L'enfant que cet esclave a remis en vos mains. Frappez.

ZAMTI.

Malheureux père !

IDAMÉ

Arrêtez, inhumains!

Ah! seigneur, est-ce ainsi que la pitié vous presse? Est-ce ainsi qu'un vainqueur sait tenir sa promesse?

GENGIS

Est-ce ainsi qu'on m'abuse , et qu'on croit me jouer ? C'en est trop ; écoutez , il faut tout m'avouer. Sur cet enfant, madame , expliquez-vous sur l'heure, Instruisez-moi de tout; répondez, ou qu'il meure.

442 l'orphelin de la. chine.

Eh bien ! mon fils l'emporte : et si , dans mon malheur,

L'aveu que la nature arrache à ma douleur

Est encore à vos yeux une offense nouvelle ;

S'il faut toujours du sang à votre ame cruelle,

Frappez ce triste cœur qui cède à son effroi,

Et sauvez un mortel plus généreux que moi.

Seigneur, il est trop vrai que notre auguste maître,

Qui , sans vos seuls exploits , n'eût point cessé de l'être,

A remis à mes mains , aux mains de mon époux,

Ce dépôt respectable à tout autre qu'à vous.

Seigneur, assez d'horreurs suivaient votre victoire,

Assez de cruautés ternissaient tant de gloire;

Dans des fleuves de sang tant d'innocents plongés,

L'empereur et sa femme, et cinq fils égorgés,

Le fer de tous cotés dévastant cet empire,

Tous ces champs de carnage auraient dû vous suffire.

Un barbare en ces lieux est venu demander

Ce dépôt précieux que j'aurais dû garder,

Ce fils de tant de rois , notre unique espérance.

A cet ordre terrible , à cette violence ,

Mon époux, inflexible en sa fidélité,

N'a vu que son devoir, et n'a point hésité :

Il a livré son fils. La nature outragée

Vainement déchirait son ame partagée;

11 imposait silence à ses cris douloureux.

Vous deviez ignorer ce sacrifice affreux :

J'ai dû plus respecter sa fermeté sévère;

Je devais l'imiter : mais enfin je suis mère ;

Mon ame est au-dessous d'un si cruel effort;

Je n'ai pu de mon fils consentir à la mort.

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