‹ Théâtre de VoltaireChapitre 269 sur 339 · ACTE III, SCÈNE IV. /j/p · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV. /j/p

OCTAR.

Puisqu'il faut vous parler, S'il est des ennemis qu'on vous doive immoler, Si vous voulez couper d'une race odieuse, Dans ses derniers rameaux, la tige dangereuse, Précipitez sa perte; il faut que la rigueur, Trop nécessaire appui du trône d'un vainqueur, Frappe sans intervalle un coup sûr et rapide : C'est un torrent qui passe en son cours homicide ; Le temps ramène l'ordre et la tranquillité ; Le peuple se façonne à la docilité; De ses premiers malheurs l'image est affaiblie; Bientôt il les pardonne , et même il les oublie. Mais lorsque goutte à goutte on fait couler le sang, Qu'on ferme avec lenteur, et qu'on rouvre le flanc, Que les jours renaissants ramènent le carnage, Le désespoir tient lieu de force et de courage, FA fait d'un peuple faible un peuple d'ennemis, D'autant plus dangereux qu'ils étaient plus soumis.

GENG1S.

Quoi ! c'est cette Idamé ! quoi ! c'est là cette esclave î Quoi ! l'hymen l'a soumise au mortel qui me brave !

OCTAR.

Je conçois que pour elle il n'est point de pitié; Vous ne lui devez plus que votre inimitié. Cet amour, dites-vous, qui vous toucha pour elle , Fut d'un feu passager la légère étincelle : Ses imprudents refus , la colère , et le temps , En ont éteint dans vous les restes languissants; Elle n'est à vos yeux qu'une femme coupable, D'un criminel obscur épouse méprisable.

446 l'orphelin de la. chine.

GENOIS.

Il en sera puni; je le dois, je le veux: Ce n'est pas avec lui que je suis généreux. Moi , laisser respirer un vaincu que j'abhorre ! Un esclave ! un rival !

OCTAR.

Pourquoi vit-il encore?

Vous êtes tout puissant , et n'êtes point vengé !

GENGIS

Juste ciel! à ce point mon cœur serait changé ! C'est ici que ce cœur connaîtrait les alarmes, Vaincu par la beauté, désarmé par les larmes, Dévorant mon dépit et mes soupirs honteux ! Moi, rival d'un esclave, et d'un esclave heureux ! Je souffre qu'il respire , et cependant on l'aime ! Je respecte Idamé jusqu'en son époux même; Je crains de la blesser en enfonçant mes coups Dans le cœur détesté de cet indigne époux. Est-il bien vrai que j'aime ? est-ce moi qui soupire ? Qu'est-ce donc que l'amour ? a-t-il donc tant d'empire ?

OCTAR.

Je n'appris qu'à combattre, à marcher sous vos lois;

Mes chars et mes coursiers, mes flèches, mon carquois,

Voilà mes passions et ma seule science :

Des caprices du cœur j'ai peu d'intelligence;

Je connais seulement la victoire et nos mœurs :

Les captives toujours ont suivi leurs vainqueurs.

Cette délicatesse importune, étrangère,

Dément votre fortune et votre caractère.

Et qu'importe pour vous qu'une esclave de plus

Attende en gémissant vos ordres absolus?

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