‹ Théâtre de VoltaireChapitre 270 sur 339 · ACTE III , SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III , SCÈNE IV

GENG IS.

Qui connaît mieux que moi jusqu'où va ma puissance?

Je puis, je le sais trop, user de violence;

Mais quel bonheur honteux, cruel, empoisonné,

D'assujettir un cœur qui ne s'est point donné,

De ne voir en des yeux, dont on sent les atteintes,

Qu'un nuage de pleurs et d'éternelles craintes,

Et de ne posséder, dans sa funeste ardeur,

Qu'une esclave tremblante à qui l'on fait horreur !

Les monstres des forêts qu'habitent nos Tartares

Ont des jours plus sereins, des amours moins barbares.

Enfin il faut tout dire; Idamé prit sur moi

Un secret ascendant qui m'imposait la loi.

Je tremble que mon cœur aujourd'hui s'en souvienne :

J'en étais indigné; son ame eut sur la mienne,

Et sur mon caractère, et sur ma volonté,

Un empire plus sûr et plus illimité,

Que je n'en ai reçu des mains de la victoire

Sur cent rois détrônés, accablés de ma gloire:

Voilà ce qui tantôt excitait mon dépit.

Je la veux pour jamais chasser de mon esprit.

Je me rends tout entier à ma grandeur suprême ;

Je l'oublie : elle arrive; elle triomphe, et j'aime.

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