‹ Théâtre de VoltaireChapitre 281 sur 339 · ACTE IV, SCKNF. VI · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCKNF. VI

C'est à toi maintenant de conserver sa vie, Et ton fils, et ta gloire à mon honneur unie*3.

Ordonne; que veux-tu? que faut-il?

zamti.

M'ouhlier,

Vivre pour ton pays, lui tout sacrifier.

Ma mort, en éteignant les flambeaux d'hyménée ,

Est un arrêt des cieux qui fait ta destinée.

11 n'est plus d'autres soins ni d'autres lois pour nous :

L'honneur d'être fidèle aux cendres d'un époux

Ne saurait balancer une gloire plus belle.

C'est au prince, à l'état, qu'il faut être fidèle.

Remplissons de nos rois les ordres absolus;

Je leur donnai mon fils, je leur donne encor plus.

Libre par mon trépas, enchaîne ce Tartare ;

Eteins sur mon tombeau les foudres du barbare:

Je commence à sentir la mort avec horreur

Quand ma mort t'abandonne à cet usurpateur :

Je fais en frémissant ce sacrifice impie;

Mais mon devoir l'épure, et mon trépas l'expie:

Il était nécessaire autant qu'il est affreux.

Idamé, sers de mère à ton roi malheureux 24 ;

Règne, que ton roi vive, et que ton époux meure:

Règne, dis-je, à ce prix: oui, je le veux...

1D AME

Demeure.

Me connais-tu ? veux-tu que ce funeste rang Soit le prix de ma honte, et le prix de ton sang? Penses-tu que je sois moins épouse que mère? Tu t'abuses, cruel, et ta vertu sévère

4^)2 LOHPHEL1N DK LA CHIJVE.

A commis contre toi deux crimes en un jour, Qui font frémir tous deux la nature et l'amour. Barbare envers ton fils, et plus envers moi-même, Ne te souvient-il plus qui je suis, et qui t'aime? Crois-moi; dans nos malheurs il est un sort plus beau25, Un plus noble chemin pour descendre au tombeau. Soit amour, soit mépris, le tyran qui m'offense, Sur moi, sur mes desseins, n'est pas en défiance: Dans ces remparts fumants, et de sang abreuvés, Je suis libre, et mes pas ne sont point observés; Le chef des Coréens s'ouvre un secret passage , Non loin de ces tombeaux, où ce précieux gage A l'œil qui le poursuit fut caché par tes mains : De ces tombeaux sacrés je sais tous les chemins; Je cours y ranimer sa languissante vie, Le rendre aux défenseurs armés pour la patrie, Le porter en mes bras dans leurs rangs belliqueux , Comme un présent d'un dieu qui combat avec eux. Nous mourrons, je le sais, mais tout couverts de gloire; Nous laisserons de nous une illustre mémoire. Mettons nos noms obscurs au rang des pi us grands noms, Et juge si mon cœur a suivi tes leçons.

Tu l'inspires, grand dieu ! que ton bras la soutienne ! Idamé, ta vertu l'emporte sur la mienne; Toi seule as mérité que les cieux attendris Daignent sauver par toi ton prince et ton pays26.

FIN DU QUATRIÈME ACTE

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