SCENE I
IDAMÉ, ASSÉLI.
ASSÉLI.
Quoi ! rien n'a résisté ! tout a fui sans retour! Quoi ! je vous vois deux fois sa captive en un jour! Fallait-il affronter ce conquérant sauvage? Sur les faibles mortels il a trop d'avantage. Une femme, un enfant, des guerriers sans vertu ! Que pouviez-vous? hélas!
J'ai fait ce que j'ai dû.
Tremblante pour mon fils, sans force, inanimée, J'ai porté dans mes bras l'empereur à l'armée. Son aspect a d'abord animé les soldats : Mais Gengis a marché; la mort suivait ses pas; Et des enfants du Nord la horde ensanglantée Aux fers dont je sortais m'a soudain rejetée. C'en est fait.
ASSÉLI.
Ainsi donc ce malheureux enfant Retombe entre ses mains, et meurt presque en naissan t Votre époux avec lui termine sa carrière.
IDAMÉ
L'un et l'autre bientôt voit son heure dernière.
/|64 l'orphelin DE la. chine.
Si l'arrêt de la mort n'est point porté contre eux , C'est pour leur préparer des tourments plus affreux. Mon fils, ce fils si cher, va les suivre peut-être. Devant ce fier vainqueur il m'a fallu paraître; Tout fumant de carnage, il m'a fait appeler, Pour jouir de mon trouble, et pour mieux m'accabler. Ses regards inspiraient l'horreur et l'épouvante. Vingt fois il a levé sa main toute sanglante Sur le fils de mes rois, sur mon fils malheureux. Je me suis en tremblant jetée au-devant d'eux; Tout en pleurs, à ses pieds je me suis prosternée; Mais lui me repoussant d'une main forcenée, La menace à la bouche, et détournant les yeux, Il est sorti pensif, et rentré furieux ; Et s'adressant aux siens d'une voix oppressée, Il leur criait vengeance, et changeait de pensée; Tandis qu'autour de lui ses barbares soldats Semblaient lui demander l'ordre de mon trépas.
ASSELI.
Pensez-vous qu'il donnât un ordre si funeste? Il laisse vivre encor votre époux qu'il déteste; L'orphelin aux bourreaux n'est point abandonné. Daignez demander grâce, et tout est pardonné.
IDAMÉ
Non , ce féroce amour est tourné tout en rage. Ah ! si tu l'avais vu redoubler mon outrage, M'assurer de sa haine, insulter à mes pleurs!
ASSÉLI.
Et vous doutez encor d'asservir ses fureurs? Ce lion subjugué, qui rugit dans sa chaîne, S'il ne vous aimait pas, parlerait moins de bai ne.