‹ Théâtre de VoltaireChapitre 298 sur 339 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

vous aimez Aglaé, j'aime le jeune Sophronime; et Xantippe, la femme de Socrate, m'a promis qu'elle me le donnerait en mariage. Vous aurez toujours les mêmes droits sur moi. Je suis seulement fâchée que ce jeune homme soit élevé par ce vilain Socrate, et qu'Aglaé soit encore entre ses mains. Il faut les en tirer au plus vite. Xantippe sera charmée d'être déharrassée d'eux. Le beau Sophronime et la belle Aglaé sont fort mal entre les mains de Socrate.

ANITUS

Je me flatte bien , ma chère madame Drixa , que Mélitus et moi nous perdrons cet homme dangereux, qui ne prêche que la vertu et la divinité, et qui s'est osé moquer de certaines aventures arrivées aux mystères de Gérés; mais il est le tuteur d'Aglaé. Agathon, père d'Aglaé, a laissé, dit-on, de grands biens; Aglaé est adorable; j'idolâtre Aglaé : il faut que j'épouse Aglaé, et que je ménage Socrate, en attendant que je le fasse pendre.

DRIXA.

Ménagez Socrate, pourvu que j'aie mon jeune homme. Mais comment Agathon a-t-il pu laisser sa fille entre les mains de ce vieux nez épaté r de Socrate, de cet insupportable raisonneur, qui corrompt les jeunes gens, et qui les empêche de fréquenter les courtisanes et les saints mystères?

ANITUS

Agathon était entiché des mêmes principes. C'était un de ces sobres et sérieux extravagants, qui ont d'autres mœurs que les nôtres, qui sont d'un autre siècle et d'une autre patrie; un de nos ennemis jurés, qui peu-

[\Ç)0. SOCRATE

sent avoir rempli tous leurs devoirs quand ils ont adoré la Divinité, secouru l'humanité, cultivé l'amitié , et étudié la philosophie; de ces gens qui prétendent insolemment que les dieux n'ont pas écrit l'avenir sur le foie d'un hœuf; de ces raisonneurs impitoyables qui trouvent à redire que les prêtres sacrifient des filles , ou passent la nuit avec elles, selon le besoin : vous sentez que ce sont des monstres qui ne sont bons qu'à étouffer. S'il y avait seulement dans Athènes cinq ou six sages qui eussent autant de considération que lui, c'en serait assez pour m'ôter la moitié de mes rentes et de mes honneurs.

DR IX a.

Diable ! voilà qui est sérieux cela.

1NITUS.

En attendant que je l'étrangle, je vais lui parler sous ces portiques , et conclure avec lui l'affaire de mon

mariage.

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