‹ Théâtre de VoltaireChapitre 3 sur 339 · LE COMTE D'OLBAN, LA BARONNE DE L'ORME · texte numérisé non relu

LE COMTE D'OLBAN, LA BARONNE DE L'ORME

LA BARONNE

Il faut parler, il faut , monsieur le comte , Vous expliquer nettement sur mon compte. Ni vous ni moi n'avons un cœur tout neuf; Vous êtes libre, et depuis deux ans veuf: Devers ce temps j'eus cet honneur moi-même ; Et nos procès, dont l'embarras extrême Était si triste et si peu fait pour nous , Sont enterrés , ainsi que mon époux.

LE COMTE

Oui , tout procès m'est fort insupportable.

LA BARONNE

Ne suis-je pas comme eux fort haïssable?

LE COMTE

Qui? vous, madame?

LA BARONNE

Oui, moi. Depuis deux ans, Libres tous deux, comme tous deux parents,

Pour terminer nous habitons ensemble ;

Le sang, le goût, l'intérêt nous rassemble.

Ah ! l'intérêt ! parlez mieux.

LA. BARONNE

Non , monsieur.

Je parle bien, et c'est avec douleur; Et je sais trop que votre ame inconstante Ne me voit plus que comme une parente.

LE COMTE

Je n'ai pas l'air d'un volage, je croi.

LA BARONNE

Vous avez l'air de me manquer de foi.

LE COMTE, à part.

Ah!

LA BARONNE

Vous savez que cette longue guerre , Que mon mari vous fesait pour ma terre , A dû finir en confondant nos droits Dans un hymen dicté par notre choix :

Votre promesse à ma foi vous engage :

Vous différez, et qui diffère outrage.

LE COMTE

J'attends ma mère.

LA BARONNE

Elle radote : bon !

LE COMTE

Je la respecte, et je l'aime.

LA BARONNE

Et moi, non.

Mais pour me faire un affront qui m'étonne ,

Page 1