ACTE I, SCENE I. I
Assurément vous n'attendez personne, Perfide ! ingrat !
LE COMTE
D'où vient ce grand courroux?
Qui vous a donc dit tout cela?
LA BARONNE
Qui ? vous ; Vous , votre ton , votre air d'indifférence , Votre conduite, en un mot, qui m'offense, Qui me soulève, et qui choque mes yeux: Ayez moins tort, ou défendez-vous mieux. Ne vois-je pas l'indignité, la honte, L'excès, l'affront du goût qui vous surmonte? Quoi ! pour l'objet le plus vil, le plus bas, Vous me trompez !
LE COMTE
Non , je ne trompe pas; Dissimuler n'est pas mon caractère :
J'étais à vous, vous aviez su me plaire, Et j'espérais avec vous retrouver Ce que le ciel a voulu m'enlever, Goûter en paix, dans cet heureux asile, Les nouveaux fruits d'un nœud doux et tranquille; Mais vous cherchez à détruire vos lois. Je vous l'ai dit, l'amour a deux carquois 1 : L'un est rempli de ces traits tout de flamme, Dont la douceur porte la paix dans l'ame, Qui rend plus purs nos goûls, nos sentiments, Nos soins plus vifs, nos plaisirs plus touchants; L'autre n'est plein que de flèches cruelles Qui, répandant les soupçons, les querelles,
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Rebutent l'a me, y portent la tiédeur,
Font succéder les dégoûts à l'ardeur :
Voilà les traits que vous prenez vous-même
Contre nous deux; et vous voulez qu'on aime !
LA BARONNE
Oui, j'aurai tort! quand vous vous détachez, C'est donc à moi que vous le reprochez. Je dois souffrir vos belles incartades, Vos procédés, vos comparaisons fades.
Qu'ai-je donc fait, pour perdre votre cœur? Que me peut-on reprocher?
LE COMTE
Votre humeur, N'en doutez pas: oui, la beauté, madame, Ne plaît qu'aux yeux; la douceur charme l'aine.
LA BARONNE
Mais êtes-vous sans humeur, vous?
LE COMTE
Moi ? non ; J'en ai sans doute, et pour cette raison, Je veux, madame, une femme indulgente, Dont la beauté douce et compatissante, A mes défauts facile à se plier, Daigne avec moi me réconcilier, Me corriger sans prendre un ton caustique, Me gouverner sans être tyrannique, Et dans mon cœur pénétrer pas à pas, Comme un jour doux dans des yeux délicats: Qui sent le joug le porte avec murmure; L'amour tyran est un dieu que j'abjure. Je veux aimer, et ne veux point servir;