SCENE I
SOCRATE, SOPHRONIME.
SOPHRONIME.
Divin Socrate, je ne puis croire mon bonheur: comment se peut-il qu'Aglaé, dont le père est mort dans une pauvreté extrême , ait cependant une dot si considérable ?
SOCRATE
Je vous l'ai déjà dit; elle avait plus qu'elle ne croyait. Je conuais mieux qu'elle les ressources de son père. Qu'il vous suffise de jouir tous deux d'une fortune que vous méritez: pour moi, je dois le secret aux morts comme aux vivants.
SOPHRONIME.
Je n'ai plus qu'une crainte, c'est que ce prêtre de Cérès, à qui vous m'avez préféré, ne venge sur vous les refus d'Aglaé: c'est un homme bien à craindre.
s o en A TE.
Eh! que peut craindre celui qui fait son devoir? Je connais la rage de mes ennemis, je sais toutes leurs calomnies; mais quand on ne cherche qu'à faire du bien aux hommes , et qu'on n'offense point le ciel , on ne redoute rien, ni pendant la vie, ni à la mort.
SOPHRONIME.
Rien n'est plus vrai; mais je mourrais de douleur,
So6 SOCRATE.
si la félicité que je vous dois portait vos ennemis à vous forcer de mettre en usage votre héroïque constance.