SCÈNE IL
SOCRATE, SOPHRONIME, AGLAÉ.
AGLAÉ
Mon bienfaiteur, mon père, homme au-dessus des hommes, j'embrasse vos genoux. Secondez-moi, Sophronime: c'est lui, c'est Socrate qui nous marie aux dépens de sa fortune, qui paie ma dot, qui se prive, pour nous, de la plus grande partie de son bien. Non , nous ne le souffrirons pas; nous ne serons pas riches à ce prix : plus notre cœur est reconnaissant, plus nous devons imiter la noblesse du sien.
SOPHRONIME.
Je me jette à vos pieds comme elle ; je suis saisi comme elle; nous sentons également vos bienfaits. Nous vous aimons trop, Socrate, pour en abuser. Regardez-nous comme vos enfants; mais que vos enfants ne vous soient point à charge. Votre amitié est le plus grand des biens, c'est le seul que nous voulons. Quoi! vous n'êtes pas riche , et vous faites ce que les puissants de la terre ne feraient pas ! Si nous acceptions vos bienfaits, nous en serions indignes.
SOCRATE
Levez-vous, mes enfants, vous m'attendrissez trop. Ecoutez-moi : ne faut-il pas respecter les volontés des morts? Votre père, Aglaé , que je regardais comme la moitié de moi-même, ne m'a-t-il pas ordonné de vous