‹ Théâtre de VoltaireChapitre 314 sur 339 · ACTE II, SCÈNE VI. 5l · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI. 5l

ANITUS

Voici bientôt l'heure où les juges passeront pour aller au tribunal : Mélitus est à leur tête.

DRIXA.

Mais ce Mélitus est un petit pédant, un méchant homme, qui est votre ennemi.

ANITUS

Oui, mais il est encore plus l'ennemi de Socrate: c'est un scélérat hypocrite qui soutient les droits de l'aréopage contre moi; mais nous nous réunissons toujours quand il s'agit de perdre ces faux sages, capables d'éclairer le peuple sur notre conduite. Écoutez , ma chère Drixa, vous êtes dévote?

DRIXA.

Oui, assurément, monseigneur: j'aime l'argent et le plaisir de tout mon cœur: mais en fait de dévotion je ne le cède à personne.

Allez prendre quelque dévot du peuple avec vous ; et quand les juges passeront, criez à l'impiété.

TERPANDRE

Y a-t-il quelque chose à gagner? nous sommes prêts.

ACROS.

Oui; mais quelle espèce d'impiété?

ANITUS

De toutes les espèces. Vous n'avez qu'à l'accuser hardiment de ne point croire aux dieux : c'est le plus court.

DR IXA.

Oh ! laissez-moi faire.

012 SOCRATE

A N ITUS.

Vous serez parfaitement secondés. Allez sous ces portiques ameuter vos amis. Je vais cependant instruire quelques gazetiers de controverse, quelques folliculaires qui viennent souvent dîner chez moi. Ce sont des gens bien méprisables, je l'avoue; mais ils peuvent nuire dans l'occasion , quand ils sont bien dirigés. Il faut se servir de tout pour faire triompher la bonne cause. Allez , mes chers amis ; recommandez-vous à Cérès : vous viendrez crier, au signal que je donnerai; c'est le sûr moyen de gagner le ciel, et surtout de vivre heureux, sur la terre.

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