‹ Théâtre de VoltaireChapitre 36 sur 339 · LA MARQUISE, LE COMTE · texte numérisé non relu

LA MARQUISE, LE COMTE

LA MARQUISE, parlant fort vite, et d'un ton de petite vieille

Labillarde.

Eh bien ! monsieur le comte , Vous faites donc à la fin votre compte

De me donner la baronne pour bru ;

C'est sur eela que j'ai vite accouru.

Votre baronne est une acariâtre ,

Impertinente, altière, opiniâtre,

Qui n'eut jamais pour moi le moindre égard ;

Qui l'an passé, chez la marquise Agard ,

En plein souper me traita de bavarde :

D'y plus souper désormais Dieu me garde!

Bavarde, moi ! je sais d'ailleurs très bien

Qu'elle n'a pas, entre nous, tant de bien :

C'est un grand point; il faut qu'on s'en informe;

Car on m'a dit que son château de l'Orme

A son mari n'appartient qu'à moitié;

Qu'un vieux procès, qui n'est pas oublié ,

Lui disputait la moitié de la terre :

J'ai su cela de feu votre grand-père:

Il disait vrai, c'était un homme, lui :

On n'en voit plus de sa trempe aujourd'hui.

Paris est plein de ces petits bouts d'homme ,

Vains, fiers, fous, sots, dont le caquet m'assomme .,

Parlant de tout avec l'air empressé ,

Et se moquant toujours du temps passé.

J'entends parler de nouvelle cuisine,

De nouveaux goûts; on crève, on se ruine :

Les femmes sont sans freiu , et les maris

Sont des benêts. Tout va de pis en pis.

LÉ COMTE, relisant le billet.

Qui l'aurait cru ? ce trait me désespèr Eh bien , Germon ?

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