‹ Théâtre de VoltaireChapitre 39 sur 339 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

NANINE, vêtue en paysanne; GERMON.

GERMON

Nous pleurons tous en vous voyant sortir.

J'ai tardé trop; il est temps de partir.

GERMON

Quoi! pour jamais, et dans cet équipage?

N ANINE.

L'obscurité fut mon premier partage.

GERMON

Quel changement! Quoi! du matin au soir.. Souffrir n'est rien; c'est tout que de déchoir

Il est des maux mille fois plus sensibles.

GERMON

J'admire encor des regrets si paisibles. Certes, mon maître est bien malavisé; Notre baronne a sans doute abusé De son pouvoir, et vous fait cet outrage: Jamais monsieur n'aurait eu ce courage.

N ANINE.

Je lui dois tout : il me chasse aujourd'hui ; Obéissons. Ses bienfaits sont à lui :

Il peut user du droit de les reprendre.

GERMON

A ce trait-là qui diable eût pu s'attendre ? En cet état qu'allez-vous devenir?

Me retirer, long-temps me repentir.

GERMON

Que nous allons haïr notre baronne!

Mes maux sont grands, mais je les lui pardonne.

Mais que dirai-je au moins de votre part À notre maître, après votre départ?

N A NI NE

Vous lui direz que je le remercie Qu'il m'ait rendue à ma première vie , Et qu'à jamais sensible à ses bontés Je n'oublierai... rien... que ses cruautés.

GERMON

Vous me fendez le cœur, et tout-à-1'heure Je quitterais pour vous cette demeure ; J'irais partout avec vous m'établir :

Mais monsieur Biaise a su nous prévenir; Qu'il est heureux ! avec vous il va vivre : Chacun voudrait l'imiter, et vous suivre.

On est bien loin de me suivre... Ah ! Germon î Je suis chassée... et par qui !...

GERMON

Le démon A mis du sien dans cette brouillerie :

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