SCENE I
NANINE, vêtue en paysanne; GERMON.
GERMON
Nous pleurons tous en vous voyant sortir.
J'ai tardé trop; il est temps de partir.
GERMON
Quoi! pour jamais, et dans cet équipage?
N ANINE.
L'obscurité fut mon premier partage.
GERMON
Quel changement! Quoi! du matin au soir.. Souffrir n'est rien; c'est tout que de déchoir
Il est des maux mille fois plus sensibles.
GERMON
J'admire encor des regrets si paisibles. Certes, mon maître est bien malavisé; Notre baronne a sans doute abusé De son pouvoir, et vous fait cet outrage: Jamais monsieur n'aurait eu ce courage.
N ANINE.
Je lui dois tout : il me chasse aujourd'hui ; Obéissons. Ses bienfaits sont à lui :
Il peut user du droit de les reprendre.
GERMON
A ce trait-là qui diable eût pu s'attendre ? En cet état qu'allez-vous devenir?
Me retirer, long-temps me repentir.
GERMON
Que nous allons haïr notre baronne!
Mes maux sont grands, mais je les lui pardonne.
Mais que dirai-je au moins de votre part À notre maître, après votre départ?
N A NI NE
Vous lui direz que je le remercie Qu'il m'ait rendue à ma première vie , Et qu'à jamais sensible à ses bontés Je n'oublierai... rien... que ses cruautés.
GERMON
Vous me fendez le cœur, et tout-à-1'heure Je quitterais pour vous cette demeure ; J'irais partout avec vous m'établir :
Mais monsieur Biaise a su nous prévenir; Qu'il est heureux ! avec vous il va vivre : Chacun voudrait l'imiter, et vous suivre.
On est bien loin de me suivre... Ah ! Germon î Je suis chassée... et par qui !...
GERMON
Le démon A mis du sien dans cette brouillerie :