‹ Théâtre de VoltaireChapitre 47 sur 339 · ACTE III, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VI

Les bons soldats; on a grand besoin d'eux.

LE COMTE

Qu'a ce métier, s'il vous plaît, de honteux?

LE PAYSAN

Il est bien moins honoré qu'honorable.

LE COMTE

Ce préjugé fut toujours condamnable.

J'estime plus un vertueux soldat, Qui de son sang sert son prince et l'état. Qu'un important, que sa lâche industrie Engraisse en paix du sang de la patrie.

LA MARQUISE

Ça, vous avez vu beaucoup de combats; Contez-les-moi bien tous, n'y manquez pas,

LE PAYSAN

Dans la douleur, hélas! qui me déchire, Permettez-moi seulement de vous dire Qu'on me promit cent fois de m'avancer : Mais, sans appui, comment peut-on percer? Toujours jeté dans la foule commune , Mais distingué, l'honneur fut ma fortune.

LA MARQUISE

Vous êtes donc né de condition?

LA RARONNE.

Fi ! quelle idée !

LE PAYSAN, à la marquise.

Hélas ! madame, non; Mais je suis né d'une honnête famille : Te méritais peut-être une autre fille.

LA MARQUISE

Que vouliez-vous de mieux?

nÇ> NANFNE.

LE COMTE

Eh ! poursuivez.

LA MARQUISE

Mieux que Nanine?

LE COMTE

Ah! de grâce, achevez.

LE PAYSAN

J'appris qu'ici ma fille fut nourrie,

Qu'elle y vivait bien traitée et chérie.

Heureux alors, et bénissant le ciel,

Vous, vos bontés, votre soin paternel,

Je suis venu dans le prochain village,

Mais plein de trouble et craignant son jeune âge,

Tremblant encor, lorsque j'ai tout perdu,

De retrouver le bien qui m'est rendu.

(montrant la baronne.)

Je viens d'entendre, au discours de madame, Que j'eus raison : elle m'a percé lame ; Je vois fort bien que ces cent louis d'or3, Des diamants, sont un trop grand trésor, Pour les tenir par un droit légitime; Elle ne peut les avoir eus sans crime. Ce seul soupçon me fait frémir d'horreur, Et j'en mourrai de honte et de douleur. Je suis venu soudain pour vous les rendre : Ils sont à vous ; vous devez les reprendre : Et si ma fille est criminelle, hélas!

Punissez-moi, mais ne la perdez pas.

LA MARQUISE

Ah ! mon cher fils! je suis tout attendrie.

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