‹ Théâtre de VoltaireChapitre 48 sur 339 · ACTE III, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE VI

LA BARONNE

Ouais, est-ce un songe? est-ce une fourberie?

Ah! qu'ai- je fait ?

LE PAYSAN, tirant la bourse et le paquet.

Tenez, monsieur, tenez.

LE COMTE

Moi , les reprendre ! ils ont été donnés ; Elle en a fait un respectable usage.

C'est donc à vous qu'on a fait le message? Qui l'a porté?

LE PAYSAN

C'est votre jardinier, A qui Nanine osa se confier.

LE COMTE

Quoi! c'est à vous que le présent s'adresse?

LE PAYSAN

Oui, je l'avoue.

LE COMTE

O douleur! 6 tendresse!

Des deux côtés quel excès de vertu !

Et votre nom?... Je demeure éperdu.

LA MARQUISE

Eh! dites donc votre nom? Quel mystère!

LE PAYSAN

Philippe Hombert de Catine.

LE COMTE

Ah ! mon père!

LA BARONNF.

Que dit-il là?

LE COMTE

Quel jour vient m'éclairer!

J'ai fait un crime; il le faut réparer. Si vous saviez combien je suis coupable! J'ai maltraité la vertu respectable.

(Il va lui-même à un de ses gens.)

Holà, courez.

LA BARONNE

Eh! quel empressement!

LE COMTE

Vite un carrosse.

LA MARQUISE

Oui, madame, à l'instant:

Vous devriez être sa protectrice.

Quand on a fait une telle injustice, Sachez de moi que l'on ne doit rougir Que de ne pas assez se repentir.

Monsieur mon fils a souvent des lubies Que l'on prendrait pour de franches folies : Mais dans le fond c'est un cœur généreux; Il est né bon; j'en fais ce que je veux. Vous n'êtes pas, ma bru, si bienfesante; Il s'en faut bien.

LA BARONNE

Que tout m'impatiente!

Qu'il a l'air sombre, embarrassé, rêveur! Quel sentiment étrange est dans son cœur? Voyez, monsieur, ce que vous voulez faire.

LA MARQUISE

Oui, pour Nanine.

Page 1