ACTE II, SCENE TIf. I l
M. GRIPON.
Il ne me répond point; Il rêve.
M. DU RU
Quoi ! ma femme infidèle à ce point î A. quel horrible luxe elle s'est emportée ! Cette maison , je crois, du diable est habitée; Et j'y mettrais le feu , sans les dépens maudits Qu'à brûler les maisons il en coûte à Paris.
M. GRIPON.
Il parle long-temps seul ; c'est signe de démence.
M. DURU
Je l'ai bien mérité par ma sotte imprudence. A votre femme un mois confiez votre bien , Au bout de trente jours vous ne retrouvez rien. Je m'étais noblement privé du nécessaire: M'en voilà bien payé. Que résoudre? que faire? Je suis assassiné,* confondu , ruiné.
M. GRIPON.
Bonjour, compère. Eh bien ! vous avez terminé Assez heureusement un assez long voyage. Je vous trouve un peu vieux.
M. DURU
Je vous dis que j'enrage.
M. GRIPON.
Oui, je le crois; il est fort triste de vieillir;
On a bien moins de temps pour pouvoir s'enrichir.
M. DURU
Plus d'honneur, plus de règle, et les lois violées!...
M. GRIPON.
Je n'ai violé rien , les choses sont réglées.
Théâtre. V. 8
Il4 LA FEMME QUI A RAISON.
J'ai pour vous dans mes mains, en beaux et bons papiers, Trois cent deux mille francs, dix-huit sous, neuf deniers. Revenez-vous bien riche ?
M. DU RU
Oui.
M. GRIPON.
Moquez-vous du monde.
M. DURU
Oh ! j'ai le cœur navré d'une douleur profonde. J'apporte un million tout au plus; le voilà.
(Il montre son porte -feuille, )
Je suis outré, perdu.
M. GRIPON.
Quoi ! n'est-ce que cela ?
Il faut se consoler.
M. DURU
Ma femme me ruine.
Vous voyez quel logis et quel train. La coquine !
M. GRIPON.
Sois le maître chez toi; mets-la dans un couvent.
M. DURU
Je n'y manquerai pas. Je trouve, en arrivant, Des laquais de six pieds tous ivres de la veille; Un portier à moustache , armé d'une bouteille , Qui , me voyant passer, m'invite , en bégayant , A venir déjeuner dans son appartement.
Chasse tous ces coquins.
M. DURU
C'est ce que je veux faire.