ACTE II, SCENE V. 1 I
M. DU RU
J'avoue Que vous me surprenez ; je ne m'attendais pas Que madame Duru fît un si beau fracas.
MARTHE
Quoi ! cela vous surprend, vous, bon-homme, à votre âge Mais rien n'est plus commun. Madame fait usage Des grands biens amassés par son ladre mari; Et quand on tient maison , chacun en use ainsi.
M. DURU
Mignonne, ces discours me font peine à comprendre ; Qu'est-ce tenir maison ?
MARTHE
Faut-il tout vous apprendre?
D'où diable venez-vous ?
M. duru.
D'un peu loin.
MARTHE
Je le voi.
Vous me paraissez ueuf , quoique antique.
M. DURU
Ma foi, Tout est neuf à mes yeux. Ma petite maîtresse, Vous tenez donc maison ?
MARTHE
Oui.
M. DURU
Mais de quelle espèce ?.
Et dans cette maison que fait-on, s'il vous plaît?
De quoi vous mêlez- vous ?
l'JA) LA FEMME QUI A RAISON.
M. DURU
J'y prends quelque intérêt.
MARTHE
Vous, monsieur?
M. DURU
(à part.)
Oui, moi-même. Il faut que je hasarde Un peu d'or de ma poche avec cette égrillarde : Ce n'est pas sans regret; mais essayons enfin.
(haut.)
Monsieur Duru vous fait ce présent par ma main.
MARTHE
Grand merci.
M. DURU
Méritez un tel effort , ma belle ; C'est à vous de montrer l'excès de votre zèle Pour le patron d'ici , le bon monsieur *Duru , Que, par malheur pour vous, vous n'avez jamais vu. Quelque amant, entre nous, a, pendant son absence, Produit tous ces excès, avec cette dépense?
MARTHE
Quelque amant! vous osez attaquer notre honneur? Quelque amant! A ce trait, qui blesse ma pudeur, Je ne sais qui me tient que mes mains appliquées Ne soient sur votre face avec cinq doigts marquées. Quelque amant! dites-vous?
M. DURU
Eh! pardon.
M ART HE
Apprenez Que ce n'est pas à vous à fourrer votre nez Dans ce nue fait madame.