SCENE PREMIERE
CASSANDRE, GILLES
CASSANDRE
TIEN, Gilles, va-t'en à la boucherie, j'ai parlé au Boucher, il [te donnera pour notre soupe deux alloyaux, et deux bons foyes de veau : tu mettras au milieu un dindon de Garenne, un cochon de lait, un agneau, un
GILLES
Monsieur, faudra-t-il que je prenne du mou ?
3o4 L'Amant
CASSANDRE
Non, Gilles mon ami, nous en avons de reste, et ma femme en a encore serré hier,
avec le derrière et les cuisses du chapon
de Mercredi.
GILLES
Parguenne, Monsieur not' maitre, vous qui êtes un vilain et un ladre, qu'eux raison avez-vous de nous faire faire tant la tamponne i
CASSANDRE
Comment, Gilles, est-ce que tu ne sçais pas que le gendre dont je dois être le beaupere, arrive aujourd'hui ? je ne puis trop le régaler dans cette concurrence, à celle fin de le presser de finir, car je me suis apperçu qu'il rode tous les soirs autour de not' maison un grand escogriffe, et je soupçonne ma fille z'Isabelle, de faire peut-être quelques vilainies avec lui; ainsi Monsieur Cupoil mon compère et mon ami, doit m'envoyer aujourd'hui Jacques Cupoil son fils, et je prétends et consens que le Contrat soit signé ce soir.
Monsieur, un moment, s'il vous plaît, Jacques Cupoil porte-t-il des moustaches ?
poussif. 3o5
CASSANDRE
Apparemment : mais il ne s'agit pas de ça ; son père me mande qu'il a de l'esprit comme un Cresus, et qu'il écrit comme un Oracle. Ainsi va vite et reviens.
Mais morgue, Monsieur, si Jacques Cu-
poil a le corps aussi velu que son nom,
croyez-vous que Mamselle z'Isabelle, quoique frilleuse, consente à se conjoindre avec lui.
CASSANDRE
Je lui ferai bien faire devant moi, ce n'est pas là ce qui m'embarrasse; mais voici ma fille. Va où je t'ai dit.