‹ Théâtre des boulevards. Réimprimé pour la premìere fois et précédé d'une notice (volume 2)Chapitre 105 sur 137 · GILLES, ISABELLE, LEANDRE · texte numérisé non relu

GILLES, ISABELLE, LEANDRE

AH Mamselle ! ne sentez-vous rien qui vous chatouille le robinet de l'âme ?

Monsieur Tirepoil, je veux dire, Monsieur Cupoil vient d'arriver présentement tout à l'heure.

Ah mon parrain de quelle forme est-il l grand ou petit, gros ou menu, maigre ou gras, noir ou roux.

L'as-tu vu ? porte-t'il l'épée, a-t'il l'air brave, est-il sur la hanche ? je veux f être z'emmuzelé comme un forçat, si je ne lui

3io L'Amant

coupe le jarret, en cas que j'aie le malheur de le rencontrer; z'eut-il été en salle z'aussi long-tems, et battu l'antifïe autant que Bartole, je lui collerai l'âme z'au ventre, ou je lui ôterai la vie pour le reste de ses jours, tant qu'il vivra.

ISABELLE

Ne vous passionnez pas tant, les ânes, mon cher Liandre, sont journaliers.

Ah parguenne, Mamselle, j'ai pensé z'à vous pu que vous nel croyez ; j'ai z'inventé avec mon invention un tartageme, par lequel je retiens votre Jacques Cupoil en lieu de sûreté; mais parole ne put point, ditesmoi si Monsieur Liandre est connu de M. Cassandre?

11 ne m'a jamais vu qu'au visage, je crois qu'il z'auroit peine à me reconnaître.

Quel visage, Monsieur, z'est-ce le gros ? z'est-ce le petit! c'est que ça fait z'une différence.

Si c'est le gros, mon cher z'Amant, il est plus heureux que moi.

poussif.

GILLES

Ah ça, Monsieur, pisque vous m'assurez que M. Cassandre ne vous connaît point, il tombera sûrement dans le godan, dans lequel je m'en vais le faire donner.

Tu me frotes le cul de miel; je suis pourtant plus malheureux qu'un braque. Je devois, disiez-vous, z'adorable z'Isabelle, posséder ou jouir de votre virginité, et couler z'avez vous des jours parsemés de lys et de roses; la poison, si j'en avois, pourrait m'affranchir des duretés de Monsieur votre père, mais je n'en ai jamais pris; ce qui me cause z'un funeste embarras.

GILLES

Eh palsangué, à vous entendre vous autres, vous nous donnez là de plaisans caleçons d'Eté ; il semble que tout soit perdu, n'avons-nous pas encore des ressources l Ne nous reste-t-il pas l'enlèvement, la fuite, la fournication, le viol.

Le viol, gueux de faquin ! c'est z'une niche que je serois t'au désespoir de faire za Mamselle.

3 1 2 L'A mant

ISABELLE

Je ne vous ai jamais rien refusé, mon cher Liandre, et ce n'est pas t'a présent que je voudrois vous contrebalancer.

Certes, Mamselle, ma Maîtresse, vous me gratez par où ça me démange.

J'entends votre père, ce vieux raquilloneur : et vite, et vite fichez-moi le camp, je vais vous rejoindre.

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