SCENE II
CASSANDRE, GILLES
CASSANDRE
NFiN je viens ici pour épouser.
GILLES
Oui, mais non pas pour épousseter.
CASSANDRE
Veux-tu bien m'écouter i Je veux faire une fin.
GILLES
Pardienne, Monsieur, elle est toute faite et vous voulez stapendant épouser Mamselle z'Isabelle.
CASSANDRE
Oui bien assurément.
24 Leandre
GILLES
Je ne parle pas pour elle, mais les filles de ce pays sont quelquefois si sçavantes, qu'elles n'apprennent rien de nouveau la première nuit de leurs noces.
CASSANDRE
Oh nous sçavons cela, mais il y a fille et fille.
GILLES
Oui, Monsieur, il y en a de la grande et petite espèce : mais, Monsieur, voulez-vous sçavoir ce qui vient par-tout ?
Oui dea, je suis toujours bien aise de m'instruire.
GILLES
Monsieur, ce sont des cornes; car il n'y a point de terre qui ne produise des cocus.
CASSANDRE
C'est vraiment bien le tems de me tenir ces propos.
GILLES
Si VOUS voulez j'imposerai silence à mes paroles, mais aussi voulez-vous que j'attende que vous ayez voyagé en Cornouailles, et que l'on vous appelle Monsieur Corneille.
CASSANDRE
Ce malheur ne peut m'arriver, z'Isabelle
Fiacre. ib
est belle, elle est sage, elle est fille de mon bon ami Villebrequin.
GILLES
Oui elle est belle, mais un homme qui a une belle femme, tout le monde est son cousin.
CASSANDRE
Hé bien tant mieux, on me fera plus d'honneur.
Mais pardienne, ne sçavez-vous donc pas qu'une bonne chèvre, une bonne mule, et une bonne femme , font trois mauvaises bêtes.
CASSANDRE
Enfin, je te demande conseil, mais ce n'est pas pour me contredire.
GILLES
Monsieur, puisque vous le prenez par-là, je vous baise bien les mains; baisez-moi les
fesses.
CASSANDRE
Tout cela est bon ; va t'en dire à mon compère Villebrequin que je l'attens ici pour lui faire visite comme l'honnêteté le désire.
GILLES
J'y vesse, mais pardienne, par les mamelles de mon cul, vous faites là une grande folie, {appercevant Villebrequin.) Taye, taye, taye, Monsieur Villebrequin.
20 Leandre