‹ Théâtre des boulevards. Réimprimé pour la premìere fois et précédé d'une notice (volume 2)Chapitre 62 sur 137 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

LEANDRE, ISABELLE

LEANDRE

AH, VOUS voîlà, Mamselle, je viens à celle fin de vous faire mes compliments sur votre mariage avec Tadorable Monsieur Gilles, z'un homme du premier ordre; mais c'est moi je vous avertis que je suis du Régiment de Champagne, vous m'entendez.

Hongre.

Eh quoi ! vous semblés piqué comme un roussin, Monsieur, qu'est ce que c'est que vous me baragouinez de mariage avec Gilles, qu'est-ce que ça veut dire ?

Contraignons-nous (souriant). Ça veut dire malheureuse, que si je n'écartois pas ma vive colère, que je ferois bien-tôt passer le goût du pain, à vous et à votre fruit.

ISABELLE

Sainte Barbe, qu'eux emportement brutal, vous êtes bien insolent, via des façons qui ne vont point à une fille de mon calibre [elle pleure) quand ils ont donné un pied sur vous, via comme ces petits Seigneurs vous traitent impunément : et hi, hi, hi.

Ah, Mamselle, il ne s'agit point de larmoyer quand z'on va à la noce; mais sarpédié trouvez bon que je fasse tout ce qu'il faudra pour la troubler, et que ce ne soit point moi qui paye les violons pendant que vous ferez danser Monsieur Gilles.

ISABELLE

Cruel et rigoureux z'Amant, explique-moi I. 9.

st'énigme ; Gilles doit avoir vu mon cher père sur l'état dans lequel vous m'avez mise.

LEANDRE

A qui vendez-vous vos coquilles, à qui dites-vous cela, Mamselle, je viens de quitter Monsieur Cassandre , ce vieux ragotteur , m'a traité comme un sot, il m'a dit que c'étoit Gilles qui avoit fait mon enfant, et que vous vouliez l'épouser.

ISABELLE

Et croyez -vous i

LEANDRE

Oui je crois tout de vous, perfide, je vois, mais trop tard, que vous voulûtes de moi faire un Amant, et de Gilles en faire un mari.

ISABELLE

Ça se dit-il z'à une honnête fille.

LEANDRE

Oui, oui, et à celle fin que je ne puisse pas t'empêcher votre mariage avec Gilles, vous avez eu l'adresse de m'introduire chez un hongre, tandis que j'étois en faire un personnage tout-à-fait z'opposé.

Hongre, 2o3

ISABELLE

Queux bêtises, queux platitudes.

Moyennant ce stratagême-là, je ne sçaurois soutenir à Monsieur votre père, que l'enfant z'est de moi, et que d'ailleurs que sçais-je s'il est de moi, si ce n'est pas de Gilles, ou de quelque autre qui... qui... je ne puis plus parler.

ISABELLE

Ah cruel, queux injures, quel immondice, queux reproches, est-ce là la récompense de t'avoir sacrifié la réputation de mon honneur et de ma chasteté i

Tarare , Mamselle , c'est une chose que vous ne sacrifiez ordinairement qu'à qui en veut.

ISABELLE

Je n'entends rien à ce galimatias là qui m'insulte, mais je n'ai qu'un mot à vous dire, je ne ferai rien qui soit z'indigne de mon sang, je t'aime et seul tu as eu mes familiarités, tu peux y compter.

Leandre

LEANDRE

Comme je crois ça.

ISABELLE

Les mariages sont écrits t'au Ciel pour s'épouser, et si mon père veut me conjoindre avec un autre pour coucher ensemble , j'irai me jetter dans les bras d'un cloître qui vous est auprès des Cordeliers, et où ma tante Martin s'y est déjà retirée.

A d'autres, Mamselle, ceux-là sont fris, vous voulez z'en m'attendrissant gagner du tems , pour à celle fin de conclure avec Monsieur Gilles ; mais ventredié, je n'en serai ni le Claude ni le miche.

ISABELLE

Y gnia point de gaumiché là-dedans ; et si vous voulez écouter un peu patiemment.

Non pardieu, non. Je n'ai pas z'un moment de tems à perdre , et je vais tout de ce pas à l'Officialité pour opposer mon opposition, et je me flatte de montrer à l'Official que je suis le père de Tenfant, et je lui ferai voir probablement

Hongre, 2o5

que je ne suis pas z'hongre, et que j'ai tout ce qu'il me faut pour la procréation du mariage.

ISABELLE

Z'arrête barbare z'Amant, ô arrêtez, vous allez me perdre de renommée ; mais il fuit, z'il court toujours, que je suis hélas dans l'infortune, onze mille Vierges, peut-on tourmenter ainsi z'une honnête fille dans sa grossesse ; mais que vois-je, c'est mon père.

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