SCENE DERNIERE
CASSANDRE, ISABELLE, LEANDRE, ARLEQUIN, déguisés ridiculement en Persans.
LEANDRE
JusT-CE là Monsieur Cassandre ?
CASSANDRE
Oui, Monsieur, de père en fils nous sommes les bon-hommes Cassandre.
ARLEQUIN fait faire la pirouette à Cassandre,
Allons, la révérence à M. l'Ambassadeur et non comme cela...
CASSANDRB.
Ahi, ahi, voilà une maudite façon d« saluer.
ARLEQUIN
Comme je suis l'interprète, le Secrétaire de l'Ambassadeur et le Maître des Cérémonies, laissez-vous conduire.
LEANDRE
Le Sophi m'a envoyé pour vous parier.
ARLEQUIN
Tournez lui le cul quand il vous parle.
270 Leandre
CASSANDKE.
Je lui suis très obligé.
Et pour vous faire de sa part les caresses ordinaires
ARLEQUIN donne à Cassandre des coups de
pied au cul.
Les voilà.
LEANDRE
Excusez-moi si je ne parle pas François, c^est que je suis Persan.
CASSANDRE
Ne vous gênez pas^ Monsieur l-Ambassadeur.
LEANDRE
Je vous apporte une lettre du Sophi qui s*adresse t'a vous.
ARLEQUIN
Allons, mettez-vous en posture respectueuse pour entendre les sacrées paroles que le sacré Ambassadeur apporte à votre sacrée personne de la part du sacré Sophi.
Ici Arlequin fait mettre le bon-homme Cassandre à quatre pattes, et se met à cheval sur lui, il lui donne de tems en tems des coups de talon dans le ventre et lui fait cent autres niches.
A mbassadeu r. 271
Ahi, ahi, ahi, Monsieur FAmbassadeur, Monsieur T Ambassadeur, faites finir votre maudit Secrétaire.
ARLEQUIN toujours sur le bon homme Cas"
sandre»
Taisez-vous pot égueulé, et faites ce que je vous dis, c*est moi qui ai le secret de Pambassade. (à Leandre) Vous plaît-il de lire, Monseigneur.
LEANDRB.
Non, parce que je ne sçai qu^ écrire.
ARLEQUIN
Il présente la lettre sous les yeux du bon homme Cassandre, et toujours sur son dos.
Donnez-donc. Allons vieille haridelle, lis.
CASSANDRE ItsanU
Alla bara, Bambouc... Qu'est-ce que cela veut dire ?
LEANDRE
Cela veut dire chien de Chrétien, on Ta mis en Persan pour votre plus grande commodité, cependant le François est à côté.
ARLEQUIN toujours sur Cassandre* Attendez, puisque c'est du François, le
272 Leandre
grand bouc n'y entendroit rien, je m*en vais la déchiffrer.
Arlequin tousse et crache au ne\ du bon homme Cassandre, et lit :
« Chien de Chrétien, Monsieur le boa « homme Cassandre, le bruit exécrable de «votre plume d*âne «'est répandu du bas « de votre impertinence jusqu^au sommet « de notre vigueur ; et pour vous en témoia gner ma rage, j'avois dessein de m'encora ner de votre vaste fille : mais dans le « dernier combat j'y reçus un coup de sabre « qui m*a mis à Tuni ; et par cette raison, je « conçois que la charmante z'Isabelle ne a voudroit plus une place à côté de nos tris- <t tes et dégarnis côtés.
ISABELLE
Vraiment j'aimerois autant baiser mon pouce.
ARLEQUIN continue,
€ C'est pourquoi nous vous envoyons le « Marabou ci-joint; pour se conjoindre à a votre fille, dont, selon l'usage, nous re- « garderons les enfans comme nôtres, tous 4c promettant en faveur de cette allianee, de (( vous donner dans notre Royaume, la place € de premier urinai de l'Empire.
A mbassadeu r . 27 3
CA8SANDRE.
Qu'est-ce que c'est que le premier urinai de Perse.
Âh diable, c'est la plus belle Charge
tout le inonde a affaire à lui ; il n'y a que lui qui ait le privilège de mener pisser Téléphant blanc : c'est... mais allons, allons^ àc* ceptez tout à Theure l'honneur que tous fait le Sophi, et recevez pour gendre le puissan* tissime Marabou.
CASSANDRE qui étouffc»
Parce qu'Arlequin lui presse les côtes.
Oui, mais... attendez... il faut que je sçache... je veux qu'on me dise...
ARLEQUIN le tourmentant toujours.
Comment, vieux Ugober, tu refuse de t'ailier au Sophi ?
CASSANDRE
Ahi, ahi| oui, oui^ oui j'accepte, j'accepte, je l'aime mieux que d'étouffer.
ARLEQuiN^if relever le bon homme Cassandre*
Ah voilà qui va le mieux du monde (i7 met la lettre à son cul.) baisez maintenant la lettre du Sophi. A présent procédons aux cérémonies du mariage.