‹ Théâtre des boulevardsChapitre 118 sur 156 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

LEANDRE, ISABELLE

LEANDRE à AHequin,

VA-'T'BN, il n'est pas de la bienséance que tu entendes les secrets qui sont entre deux personnes qui z'ont le cœur tendre Tun pour l'autre.

agS Le Courier

ISABELLE

Ah 1 c'est vous, mon cher Leandre, comment vous portez-vous ?

LBANDRE.

Mamselle, certainement toujours à votre service, vous pouvez disposer de votre petit serviteur.

ISABELLE

J'ai beaucoup de joye de vous voir quand je vous vois, car je vous ai donné mon cœur.

LEANDRE

Mamselie^ le cœur d'une personne comme vous, est trèfe assurément un grand présent, je suis honnête homme, Mamselle; et quand vous seriez sur un fumier, j'aurois l'honneur de vous épouser, malgré que je sois homme de condition.

ISABELLE

Monsieur, je sçais l'amour que vous me faites l'honneur de me porter ; et quand vous ne m'auriez pas donné un sol jusqu'aujourd'hui ; et quand vous me reprandriez le lit et le fauteuil que vous m'avez fait présent, je ne vous en aimerois pas davantage ; aussi pour ce qui est de ça, vous avez à faire à z'une honnête fille.

de Milan. 29Q

LBANDRB.

Vous me faites rougir, MamseUc^ des petites libéralités que j'ai eu l'ho&aeur de vous faire, car quand z'un homme a la généroaité de donner queuque chose, il ne faut pas qu'il ait là-dessus de la z'indiscrétion ; mais c'est quMl y a bien d'autres brayettes à retourner.

I9ABBLLB.

Vous me faites peur, adorable Leandre ; est-ce qu'il vous seroit arrivé le malheur que vos chausses ne valent plus rien ?

LEANDRE

Pardonnez-moi, Mamselle, j'en ai encore deux vieilles paires ; mais enfin la gloire de Mars m'appelle, et voilà les trompettes qui m'éloignent de vous.

Quoi ! vous allez à la bataille d'Italie ?

que vais-je devenir ? que je suis malheureuse !

LEANDRE

Oui, Mamtelle, mon parti z'est pris, et je m'en vais servir le Roi qui m'a donné une charge dans Tarmée.

3oo Le Courier

ISABELLE

Charmant Leandre; quoi, les sentiznens de ma passion ne pourront rien sur vous ?

vous me laisserez dans Pétat où vous me laissez?

LEANDRE

Mamselle, vous me mettez dans le désespoir, et je vais me passer mon épée z'au travers du corps, si vous ne cessez des larmes qui me vont faire mourir de chagrin ?

adieu ; mais je veux auparavant avoir l'honneur de vous présenter un valet que j'ai pris depuis peu, afin qu'il vous serve pendant mon voyage. Viens ici, Arlequin.

ARLEQUIN

Avez-vous fait. Monsieur ? je n^ai pas regardé.

LEANDRE

Voilà de quoi est la triomphe.

n est tout-à-fait bien fait; je suis charmée, Monsieur, que vous ayez pris un z'Arlequin à votre service, ils sont fort alertes.

LEANDRE à ArlequiH,

Voilà, Mamselle, de qui j'ai l'honneur d'être z'amoureux, que je te remets dans les

de Milan, 3oi

mains, pour que tu me la gardes pendant que je serai à la guerre de Milan ; j'ai z'encore une chose à te recommander, tu sçais bien ma valise qui est la haut dans ma chambre sous mon lit, j*ai tout mon bien dedans, qui est tout ce que je possède au monde, que je serois réduit à la besace si on me la voloit, ne va pas me la voler; c'est tout ce que je te recommande. Adieu, Mamselle, je parts, je vous recommande de m*étre fidèle, et d'avoir soin de votre fruit.

ISABELLE

Adieu, mon z^adorable Leandre.

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