‹ Théâtre des boulevardsChapitre 119 sur 156 · SCENE IV, ARLEQUIN, ISABELLE · texte numérisé non relu

SCENE IV, ARLEQUIN, ISABELLE

ARLEQUIN

OR ça, Mamselle, j'ai ordre de vous garder.

On dit qu'il n'y a rien de si difficile que de garder un oiseau de votre espèce: je compte pourtant si bien veiller sur votre conduite, qu'il n'y manquera pas un poil quand mon Maître reviendra.

ISABELLE

Comment, mon cher z'Arlequin, lu aurois bien le cœur de faire endéver une jolie fille?

3o3 ^^ Courier

ARLBQUUf.

Oui; je suis dur dû ma nature, et quand TOUS seriez le diable à quatre...

ISABELLE

Oh ce n'est pas t'ainsi que je veux m*y prendre, au contraire je veux que tu te laisses attendrir par mes caresses.

ARLEQUIN

Ce seroit bien le diable : attendez que je vous regarde un peu. Allons, fi donc^ fi donc, vous me lorgnez, arrêtez-vous, arrêtezvous donc, la peste, vous me grillez toute la fressure.

ISABELLE

Viens ça. Arlequin, je suis t*une fille raisonnable qui ne fera jamais rien contre la modestie de mon honneur: mais dame il est bien fftcheux de ne pouvoir pas prendre le moindre divertissement, et d'être toujours enfermée comme un pauvre chien à l'attache, et je suis bien sûre que tu fi'auras pas pour moi une rigueur si rigoureuse, tu z'es trop raisonnable et trop poli pour ça.

Aye, aye, aye, vous me prenez par le bon bout, Mamselle, je ne sçaurois plus y tenir;

de Milan, 3o3

cependant, que mon Maître est en Italie, )e pourrois bien, oui da, voyons...

X8ABELLB.

Que dis-tu mon cher z^Arlequin i

ARLEQUIN

Tenez, Mamselle, il ne faut pas trente livres de beurre pour faire un quarteron, je ne suis pas si diable que je suis noir, et un doux chasse Tautre, je vous avoue que l'oignon de vos regards et la moutarde de vos attraits, ont mis mon cœur à la sausse robert.

ISABELLE

Voilà z'un compliment très-bien tourné; mais que voulez-vous dire, mon cher z'Arlequin ?

ARLEQUIN

Que si vous voulez, Mamselle, je me charge de vous désennuyer, de vous divertir, de vous.... pendant l'absence de Monsieur Leandre.

ISABELLE

Sçavez-vous bien qu*on ne dit pas des mots à double entente à z'une fille raisonnable. Oui, j'entrevois ce que tu me veux dire ; mais mon cher Leandre m*a défendu de lui z'y faire d'infidélité pendant qu'il n'y

3o4 ^ Courier

seroit pas, ainsi je ne le sçaurois faire sans son consentement.

ARLBQUm.

Quoif vous m'aimeriez s'il vous le permettoit.

ISABELLE

Oui) sans doute, je t*aimerai de tout mon cœur s'il y consent.

ARLEQUIN

Oh bien, qu*à ça ne tienne, je vais aller en Italie lui en demander la permission.

ISABELLE

Va donc vite.

ARLEQUIN

Je m*en vais partir, n'est<e pas par la première rue à gauche ?

ISABELLE

Je ne sçais pas bien la route d*Italie, tu devrois sçavoir le chemin étant un z* Arlequin de Milan.

ARLEQUIN

En tout cas je prendrai le premier venu, on m?a toujours dit que tous chemins vont à Rome.

de Milan. 3o5

ISABKLLB.

Adieu, mon adorable z*Arlequin.

AKLEQUnf.

Adieu, Mamselle z'Isabelte... mais attendez, je vous gardois pour mon Maître; qu'estce qui vous gardera pour moi ?

ISABELLE

Bon, cela z'est-il nécessaire ?

AKI^BQUIN.

La peste avec votre permission, s*il vous plaît.

// tire des cordes de sa poche, et i7 ta lie à la balustrade.

Je vous déférai à mon retour.

Il fait plusieurs la:(:{is.

Vous Voilà bien par \c\, mais par-là*. • Adieu, Mamselle Isabelle.

ISABELLE liée.

Il faut avouer qu^une z'honnéte fille est bien malheureuse de ce que tous les hommes qu'elle aime les uns après les autres la soupçonnent toujours, de mauvaise manière envers leur égard. Ce n'est pas tout, ils lui font souffrir mort et passion pour contenter leur goût et leur fantaisie, et cependant il faut passer par-là ou par la fe-

3o6 Le Courier

nêtre. J'adore z'Arlequin après t'avoir z'aimé Leandre. Mais cependant je n'aimerai plus z* Arlequin s'il ne m'apporte pas z*une permission de mon cher Leandre, il sçait bien que tout le tems qu'il m^a z'aimé, je ne me suis jamais donné à personne sans son consentement ; mais via z'UU courrier qui paroît, et qui me dira sûrement /dc^s nouvelles.

ISABELLE à Arlequin en cùurier.

Courier, courier, x^râmable courier, ne pouvez-vous pas me dîjre dçs nouvelles de la guerre du Roi d'Italie i , | .

ARLBQUfNé

Oui, Mamselle, on ditque'le, Rioi a «mloané que les filles qui aurolent la bouché petite, auroient deux maris.

isABiLLE pinçant sa bouche^

Cela z'est-il bien vrai ? maïs vraiment on z*a très bien fait, et i*en, ^v^9 ravie : et celles qui l'ont grande, qu'est-ce qu'elles deviendront i / f .

ARLSQUUf^ , ,

Il est ordonné qu'elles en» ituront trois*

ISABELLE ouvrant ia bouche fort grande*

Tant mieux, tant mieux, les grandes bouches se prendront.

de Milan. 307

ARLEQUIN

Quoi vous ne me reconnoissez pas, Mamselle.

*' rëABELI«E.

Ah! c'est toi, mon cher z*Arlequin, ôtemoi vîtementde £omme cela*

ARLEQUIN délie Isabelle en faisant plusieurs las(s^is.

ISABELLE

Eh bien, dis-moi promptement des nou* velles de Leandre.

ARLEQUIN»

Premièrement, il ne se porte, pas bien, parce qu'il est dans dea tranchées abominables.

ISABELLE

O ciel que me dis-tu ?

AKL'EQUIN.

Oh! ce que je m'en vais vous dire vous surprendra bien davantage, si vous sçaviez ce qu'il fait, à la vérité il dit comme ça qu'il ne sçauroit coucher ailleurs.

Achevé donc, tu me mets dans une impatience.

3o8 Le Courier

H couche avjec sa tante, Mamselle.

ISABELLE

Il est donc z'infidelle, Tingra^

Bon, bon, ce n'est rten que tout cela, if m'a dit de vous dire qu'il ne réviendroit id que de Milan.

ISABELLE

Il ne veut donc plus me vair ^

' Et voilà ttiie lectm' qoe jo) iccmsi t déUte qu'il m'a donnée pour vous donneiri'i^ * t' - '

ISABBLLBk

VoyK>n8 ce que c'est. if ^ .y.'.- ♦ a

Mamselle la chafmahtê zTsabéïîtiyâï'tGfù- )pus:6 rhonneur de vous âdorec cgmine'^ â l*acccoutumançe ; mais j'ai z'ûne trqpjgtiande délicatesse pour vous demander en g'^ace dé rester dans Tétat décile p.çndant mon z*absence, ainsi je vous prie d'épouser en attendant mon vaiet z'Atîéq^Hf, q^orqiï'SÎ ne st>it pas de la première condition; c*eit 'KiojottrB un parti z'honorable, dont je vous auràf ufft

de Milan. $09

obligation sensible avec laquelle je suis votre très-obéissant et très passionné serviteur^ Lbandrb.

ISABELLE

Je vois qu*il m^aime toujours, et je consens à tout ce qu'il veut; mais mon cher i^'Arioquin^ tu n'as pas de bien ni moi non plus^ comment est-ce que nous ferons aller le ménage ?

ARLEQUIN

Nous n'avons qu'à n'en point faire,

Okl il- me fautjd^ bicqii pour z'entretenir ma qualités '

AULEQUIM..

Attendez, Monsieur Leand^e m*a lotisse une valise dans laquelle il a mis son trésor, un^ ma{trj^^6e' est pl^s chère qu*un trésor, à ce que j'ai toujours entendu dire; ainsi puisqu'il m'a donné sa Maîtresse, il me don* ijeroîtle trésor, n'est-il pas vrai î

rSABELLB.

%DA dû^t^,)^ dois it>i(iff è%v» reconnoissftat. pour 'C^. paître i4 qui te donn^ toutes ces choaiQ^liQ. ,

3 10 Le Courier

AULBQUIN.

Aussi quand il sera de retour, il sera toujours le maître de tout ce qu'il m'a donné.

ISABELLE

Va donc jureiuirç, le trésor pc|ui;iô porter aii logis, aiin de nous /ét%bJâ^ tovit, d'fkbord.

Arlequin sort,et fait ptusieuts tit^x^ pour apporter la valise qy^il met enfin sur le théâtre. Nouveaux Uvç:i[is pour l'ouvrir, Isabelle lui aide pour voir ce qui est dedans ; i7 l'ouvre et Leandre en sort.

Page 1