SCENE IL
LEANDRE, Madame CASSANDRE.
LE ANDRE
ADAME Cassandre, ma chère Madame Cas* sandre, je vous dirai sans m'étendre sur vous et sur ce que vous pensez, et sans vous rien allonger, qu^il est bien tems que tout cela finisse.
MADAME CASSANDRE
Mais ciel ! barbare, que trouvez-vous donc dans ma fille, elle est mal élevée, elle est sèche conime un brandier, noire comme un
rivale. 319
vespasein, point de tétons, point de hanches; es UB mût elle n*a point....
LBANDRB.
Mais, Madame^ puisque je Taime à cette sauce lî^.
MADAMB CASSANDaS*
Mais, Monsieur, elle est toujours trèsdécolletée, des jupons courts, et d'une immodestie à faire venir Teau à la bouche.
Mais^ Madame, est-ce que cela rompt le marché ?
MADAME GASSANDRB.
Une fille incorrigible, qui est incompatible, imperceptible, insensible, incombustible et impossible ; vous la trouverez peutêtre jolie par le visage ; mais à Tégard de toutes ses qualités spirituelles, je puis bien vous assurer. Monsieur, comme si c*étoit ma dernière heure, qu^elle aime le jeu et les hommes, et qu'elle est fort adonnée au vin ni plus ni moins qu'un Gendarme de la petite écurie.
LEANDRB.
Eh bien, Madame, ne lit-on pas dans l'Histoire Romaine, qu'on a trouvé des Empereurs, mêfne des Césars qui aimoient le
320 l^Jfete
vin, témoin Titus le censetir, dans le tems quMl fit bâtir la Cathédrale d'Auteuil, il buvoit et se souloit ayec- tous lies Ouvriers ; cependant quand à ce qui est du vin^ je sçai bien. ce que je ferai... oh je la retirerai du vin.
]tJu>A|fB.4USSANDRs Vivement,
Oui, retirez^là d'à vxn, elle boira de Teaude-vie.
LBANDRE.
Pardi, Madame, pour une mère vous êtes bien décharnée contre elle.
MADAME CASSAlfDRE.
Pardi Vbuà - êtes bien extermina en sa faveur; je- vous dis en un. mot, Monsieur, qu'ellfe tie éçalt ni iire ai écdre«
LEANDRE
Tant mieux. Madame, tant mieux, vQ/ez comme oh traite les femeies sçnvantes dans le beau monde, sehch6 foa^ne se fiche t*oo pas d'elles, voyez comme on accommpde les Phisiciennes de NeWitOP» Qui font des Livres de Physique, comme Voltaire cet Anglois .^at^s pateil^ ainsi que Mâupertuis le Pruçhien. * - '
MADAME CASSANDRE
Enfin, Monsieur^ dirigez donc toujours us
rivale, Bii
défauts en vertus, je vous dis qu'elle est si fort ambitieuse et colère, qu'elle a donné un coup de poing >au pauvre Nicolas, qui lui avoit dit seulement qu'elle avoit les pieds en dedanb.
LEANDRB.
Eh bien pardieu elle a bien fait, ftiut-il venir dire cela à un brave homme comme moi qui ai servi; on repousse Tin jure par rinjure; et n*avez-vous pas lu dans les coliques, ou la Géorgienne de Virgile, et concu' lavit leonem et dragonem» Cela ne veut-il pas dire en bon François, quUl faut avoir du cœur et se venger ?
MADAKB GASSANDRK.
Ah cruel et sanguin Amant, je vois bien que rien ne te peut détacher de ma fille, que la seule offre de ma personne et de moimême. Eh bien je suis veuve, marions-nous, vois mon fils, vois la blancheur de mes lys, Tincarnation de mon teint..... je t'adore coquin trop aimable.
LEANDRE étuH toH tragique.
O Dieux! grands Dieux, la fille m'aime, me voilà adoré de la mère, creves-toi maintenant, voilà le bacquet.
MADAME CASSANDRB.
Ce n*est pas tout, ingrst, vois jusqu*où II. 14.
322 La Mère
va ma passion, je te donne en mariage tout mon linge et mes deux vaches, ma batterie de cuisine, ma tasse d*argent, mon échope et ma croix d'or, le juste-au-corps, et enfin généralement tous les surtous de mon mari, et par dessus tout cela (et tout ce qui me tient le plus à cœur) je te sacrifie, mon ami Nicolas, qui se déguise souvent en habit de Gilles pour me venir voir.
LEANORE.
Tenez, Madame, rien de tout cela ne me tente, je suis bien amoureux de Mamselle votre fille, sans comparaison comme un loup cervier, et vous mettriez avec tout cela encore quatre cens livres en argent comptant, que je vous jure que je lui serois fidèle.
MADAME CAS8ANDRE
Eh bien, parjure, parricide, tu n'auras ni
moi ni ma fille, ni monr chat ni mon chien,
à moins qu*elle ne devienne enceinte de toi.
Adieu.
(Elle sort,)