‹ Théâtre des boulevardsChapitre 132 sur 156 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

LEANDRE en femme avec les habits cPIsabelle.

ISABELLE en pet-en-Vair et en cornette de nuit,

LBANDRB.

MAIS encore unefois, charmante z'Uabelle, à quoi bon me charger de ces ametiblemens de femmes qui me conviennent comme un tablier à une Vache Espagnole.

ISABELLE vivement.

Mais mordienne, Monsieur de Liaodre, vous me feriez jurer à la fin ; faut-il vous

34S Leandre

dire cent fois la même chose, ventre de nié voyez-vous point que suivant ce que nous en sommes demeurés d'accord^ ce n*estque par le moyen du stratagème d*un double déguisement que nous pouvons^ bien amolir, mon cher Père, à TefFet de donner son consentement à notre hy menée.

LEANDRE

J'ai à peu près compris tout cela confusément; mais, ma Mignonne^ ne seroit-il pas plus court, puisque Monsieur votre Père arrive dans une heure de l'Amérique avec toutes ses richesses^ d'aller Pattendre paisi-^ blement dans la cour, et de lui dire tout simplement que je suis Gentilshomme, que vous êtes grosse de moi, et que malgré tout cela je veux bien avoir la bonne manière de vous épouser publiquement.

ISABELLE s'impatientant.

Jarni, mordi, chien d'homme que vous êtes ; Dieu que vous mUmpatientez, je vous dis que vous ne connoissez point du tout mon ch' Père.

LEANDRE froidement.

Belle nouvelle, Mamour, ni vous non plus, puisque nous ne l'avons jamais vu ni Vun ni l'autre.

grùue. 349

ISABELLE trépignant.

Palsambleu, ce n*est pas là ce que je veux dire, apparemment que je le sçais bien, que je ne connois ni ne suis connue de mon ch' Père, puisque je n^avois que quatre ans, lorsqu'il singlà des deux dans TAmérique.

LEANDBB.

Que voulez-vous donc dire, ma Moutonne, en vérité je ne suis pas sorcier moi.

ISABELLE

Quand je vous dis que vous ne connoissez pas mon ch' Fere, c'est de son temperamment dont je vous parie.

LEANDRE

Ah, ah, m'y voilà.

ISABELLE

Dame, c'est que mon ch' Père est un vieux Marin, qui est plus dur qu'un clou ; Colombine ma gouvernante qui lui a servi dans le commencement de son veuvage, vous le dira elle-même.

LEANDRE

Eh bien, mon bel Ange, sans m'échauiFer; moi^ je parierai un Castor, que fut-il aussi barbare qu'un Troposage, vous l'attendririez au seul récit que vous lui ferez de la ma-

35o LMUtdre

niere dont nous élevons les trqls enfans que i*ai z'eu de tous, depuis près de deux ans nous attendons son consentement.

iSABBLLB trèS'Vivemeni,

Pardi c'est bien raisonné, je connois mon Père comme si je Tavois fait; je vous dis quMIme tueroit suie carreau si je lui avouois que je suis grosse, quand bien même je lui prouveroîs qu'il n*y auroit pas de ma faute, entendez-vous butor.

LBAHDRB.

Là, la, la, la» Moutonne, -un peu plus de tranquillité; si vous continuez vos vivacités, vous feriez certainement z'uue finuBse couche.

ISABELLE plus vivemcnt.

Eh mais non, c*est que cela z'est vrai aussi, cet animal-là me fiche malheur, quand je vous dis, grand niguedouille, que mon ch* Père est plus dur qu*un Turc, c'est à vous de me croire ou d'y aller voir ; et tenez pour

preuve décela, écoutez une histoire de lui

Un beau jour {Ici Ltandrê baiUe.).,*: Un

beau jour

LEANDRK baille plus fort.

Allons, ma petite Maman, puisqu'il en faut passer par-là, voyons, écoutons votre histoire.

graue, 95 1

UABBLLK en eolere*

Voilà un pleutre bien poli ; ça écoutezmoi donc, c'est qu'un beau jour bon œuvre que ma ch* mère étoit prête d*accoucher de moiy et que la Garde l'avoit déjà mise dans le travail ; et comme 2*elle souffroit beaucoup des mouches, elle dit comme ça à mon cW Père/ que ce fut l'Accoucheur des Filles à Xhomas qui la délivrât.

. LEANDRB ricaunant*

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