L.*Accoucheux des Filles à Thomas
ISABELLE impatientée.
Je vous dis qui demeuroit dans la rue des Filles Saint Thomas. Pardi voilà un sot enfant, je ne sçais plus où j'en suis; ah m^y voilà, elle demandoit donc st'Accoucheuxlày et mon ch' Père n*en voulut jamais, disant avec des juremens horribles (car il ne dit jamais un mot sans jurer et sacrer), que cela n'étoit point propre qu'un Accoucheur vit z'une honnête femme en st'état-là, et que c*étoit plutôt le jeu que ce fut une femme sage; en un mot il n*en voulut point démordre, et crac via ma ch' Mère qui meurt en me mettant au monde ; attrape, je me souviens de cela comme si j*y étois encore.
LEANDRE
Après ee trait-là, ma Délicieuse, je ne
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sçauroîs mettre un mot devant l'autre, et je ferai tout ce qu'il vous plaira.
ISABELLE
Ah voilà un bon garçon cela ; ah ça, mon cher z' Amant, vous voyez bien qu'à celle fin de cacher ma grossesse à mon Père, à celle tin de nous épouser en plain, il faut que vous passiez près de mon ch' Père pour Isabelle, et moi que je passe pour le Liandre.
LEANDRE
Oh Dame, mon Rat, cela sera un peu difficile; je ne ferai pas la fille aussi bien que vous^ mon Chat.
ISABELLE
Tout z'au contraire, vous contreferez la fille bien mieux que moi , puisque vous n'êtes point grosse que je sçctche, mon cher Monsieur Liandre.
LEANDRE
Oh non, je n'ai rien du tout à me repro« cher de ce côté-là.
ISABELLE
Oh ça, quand vous serez bien afiublé prés de mon ch' Père comme la fille de la maison, je viendrai habillé en homme, et sous
grone. 353
le nom de Liandre, pour demander à mon ch' Fere sa fille en mariage.
LBAMDKB Hconnant.
S'il vous l'accorde, vous ne Tirez pas chercher bien loin. Maman.
ISABELLE
Ëcoutez donc, je serai un Liandre un peu ventru ; mais qu*est-ce que cela dit, il vaut mieux que mon çh' Père trouve à Monsieur Liandre un ventre un peu gros, que de le trouver à sa fille, et qu'à cause de cela il auroit peut-être Tesprit de me croire enceinte.
LEANDRE
Sérieusement, c'est fort bien, bien imaginé, ma Bellotte, et vous dites que vous vous habillerez en Liandre pour me demander en mariage en qualité d'Isabelle ; cela est spirituel vraiment.
ISABELLE
Oh oui ! Et comme de tous les tems mon Père connoit la famille et les biens de Mes* sieurs Liandres, je suis bien sûre qu'il ne me laissera point échapper de la main un si gros parti.
LEANDRE
Pardi, Mourette, vous me flattez, vous sçavez bien qu'il n'y a pas de quoi se récrier.
354 Leandre
ISABBLLE.
Oh ça donc, quand mon ch' Père vous aura donné son consentement, cela vous mènera tout droit à l'Eglise, et puis fouette cocher ; et puis quand z^une fois le Marieux aura lâché les gros mots, nous nous découvrirons.
LEAKDIC.
Cela est ingen ieuz.
ISABELLE
Oh oui, il y a de l'esprit; et vous direz que vous êtes Monsieur Liandre, et moi je dirai que je suis Mimselle Isabelle qui suis grosse de vous ; et comme le mariage aura été consommé chèux le Notaire dessous nos non^s, mon ch' Père ne pourra plus s*en dédire*
LEANOAE.
A merveille, j^entens à présent la finesse de tout cela. En sortant, sitôt que nous se* rons arrivés cheux nous, nous reprendrons chacun nos habits, à celle fin que ce ne soit pas l'homme qui accouche dans le mariage, et de ne point changer l'ancien usage. Tout cela est fort bien inventé, et avec beaucoup d'esprit certainement ma petite mère.
ISABELLE
J'entens ce me semble un mulet dans U
grosse. 355
cour, ne seroit-ce point mon ch* Père qui rentre de P Amérique l Je me sauve par le iardin. Pour Dieu, mon cher z'Amant, songez à bien jouer votre rôle ; ne soyez point embarra^ssé du mien, je vais me préparer toute, seule à le faire devant mon ch' Père, et devant le public.