SCÈNE IL ISABELLE, GILLES
ISABELLE
UE veux-tu, Gilles ?
Comment donc, sçavez-vous bien que je suis tout au moins Monsieur pour vous ?
64 Isabelle double.
ISABELLB.
Et depuis quand, serois-tu z'un Monsieur ?
GILLES
Voyez que c'a seroit bien étonnant ; est-ce que vous avez toujours été Mamselle ? je vous dis que je le veux prendre par l'autotorité que m'a donné Monsieur not' Maître.
ISABELLE
Oui, il vous a donné de l'autorité de sur moi ? eh bien, voilà ce que je vous donne, moi.
{Elle lui donne un soufflet,}
GILLES
Allons, c'est être trop généreuse ; aussi, Mamselle, prenez garde de vous ruiner.
iSABEhiAi faisant la révérence.
Tu peux compter. Monsieur Gilles, que tu ne t'en feras pas de faute.
Si vous le prenez par là, notre Dame, je ne vous approcherai que de loin ; mais vous n'en parlerez pas davantage à personne, car j'ai ordre de vous bien garder.
Isabelle double. 65
ISABELLE
Tu as vraiment là une belle commission.
On ne donne z'à garder, ce me semble, que les choses dont on se veut servir. Et Monsieur Gassandre... Mais baste qu'est-ce que tout c'a me fait à moi i Une femme bien sage ne se soucie point de cela, il n'y a que les mal-apprises.
GILLES
Je le sçais bien. Mademoiselle, que vous avez été -mal montrée, et que c'a vous ennuie.
ISABELLE
Tu es bien cruel aussi de me rappeler z'ainsi mon triste chagrin ; je rentre pour me consoler. Hi.. hi....
GILLES
Si elle vouloit se consoler avec moi, cela serok drôle, mais elle ne le voudra jamais.
Voyons toujours, elle est toute fine seule, elle s'ennuie ; Monsieur Gassandre est un bon homme tout cassé, qui sera plutôt arrivé dans l'autre monde qu'à Vaugirard ; moi, je suis jeune, bien fait, grand abbateur de quifles. Allons rêver à tout cela dans le grenier au foin.
66 Isabelle double.