‹ Théâtre des boulevardsChapitre 32 sur 156 · ISABELLE, LEANDRE, ARLEQUIN · texte numérisé non relu

ISABELLE, LEANDRE, ARLEQUIN

ISABELLE

EN vérité, mon cher Liandre, je vous trouve tout-à-fait agriable; mais vous sçavez que ce n'est pas ma faute si je ne vous connoissois pas plutôt.

Isabelle double. 67

LE ANDRE

Mamselle, vous m^avez charmé par vos charmans appas^ et mon valetz*Arlequiaeftt là pour le dire.

ARLEQUIN

Oui, Monsieur, de quoi s'agit-il ?

LEANDRE

De la considération que j'ai toujours eu pour la charmante z'Isabelle.

ARLEQUIN

Oui, Mademoiselle, cela est vrai ; il avoit bien envie de vous considérer.

ISABELLE

Oh, pour moi, j'ai toujours eu envie d'un Gentishomme, et je suis charmée d'en avoir z'un ; mais puisque vous êtes Gentishomme, jurez-moi votre foi que vous ne me chierez point du poivre, j'ai eu tant de joie de me trouver avec vous toute à l'heure, que je n'ai pas eu le tems de vous faire jurer la fidélité.

LEANDRE

Eh bien, Mamselle, pour ce qui est d'en cas de c'a, je vous promets foi de Leandre, de faire plutôt bacara pendant ma vie et de mourir sur z'un fumier, plutôt que de n'en

68 Isabelle double.

pas agir avec vous mieux et plus souvent que le meilleur Geatishomme de toutes les Halles.

Vous me charmez, mon cher Liandre, par rassurance et la promesse de vos paroles :

mais qu'allons-nous devenir ?

LKANDRE.

Je compte, ma Charmante, que nous allons battre Ip trimart,

ISABELLE

Je le veux bien, mon Cher z'Âmant, mais je vous avoue que j'ai quelque scrupule, j'ai de la religion. Monsieur Cassandre est mon mari ; comme il n'est point z'ici pour me donner la permission de ce que je veux faire, il faut que vous l'ayez de celui qui me garde.

ARLEQUIN

N'est-ce que c'a ? allez, not* Maître, la vache est à vous, j'en fais mon affaire.

LEANDRB.

Mamselle, vous me faites honneur par la déférence que vous me rendez ; car en vérité Monsieur Cassandre ne vous convient point du tout.

Isabelle double* 69

ISABELLE

Oh pour c'a noo^ il est si vieux....

Il porte son Epitaphe sur son haut de chausses celui-là.

ISABELLE

Oh pour c'a oui....

LEANDRE

L'invention de mon valet z* Arlequin vous servira de consolation en attendant que nous puissions partir.

ISABELLE

Quoi, lui z'aussi ?

LEANDRE

Eh non, Mademoiselle, je ne dis point cela, je dis que la muraille quMl a ouverte, vous servira pour venir cheux nous.

ISABELLE

Vous n'avez rien qu'à dire , mon cher Liandre, j'irai dix fois par jour si vous le voulez ?

• LEANDRE

Dix fo\\, Mamselle, cela z'est fort.

70 Isabelle double.

ISABELLE

Eh bien, tant que vous voudrez, mon cher z' Amant; mais sçavez-vous que j'ai grand peur, je crois que notre valet Gilles nous a vu.

Quoi, Monsieur, il vous auroit vu pendant que vous vous donniez le bon jour î il est vrai que c^étoit de bien près.

LBANORE.

Ce seroit bien le diantre, mais tout le monde fait c'a, nous pourrons nous sauver dans le nombre.

ARLEQUIN

Allons, Mamselle, rentrez par chez nous, il n'y a pas de temps à perdre, passez par la chatière, et retournez dans votre maison : je m'en vais bientôt sçavoir ce qui en est.

[ A Leandre, ] Et vous, allez-vous-en dans la vôtre.

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