ARLEQUIN, GILLES
GILLES
PARDiENNE j'y vois clair, je n'ai pas la berlue, et je sçais bien comme c'a se fait;
Isabelle double. 71
il avoit beau me la cacher, mordienne je l'ai bien vue.
ARLEQUIN
Bon jour, Gilles, Je voilà toujolirs avec les joues rebondies comme les fesses d*un Suisse.
Bon jour.
ARLEQUIN
Tu me semblés un peu dans Inoccupation de l'esprit.
GILLES
C'est que je veux l'attendre au passage.
ARLEQUIN
Qui?
GILLES
Not' Demoiselle, dame, pardienne, je la veux toiser avec mon Jérôme.
ARLEQUIN
Comment donc?
GILLES
C'est que tu ne sçais pas. Not' Maître est allé en marchandise, et je crois qu'il ne rapportera que des cornes de son voyage; il m'a chargé de garder sa femme ; dame, si à
72 Isabelle double.
»on retour.,... il me battra, et cependant il aura tort, car je n'aurois pas mieux gardé la mienne.
ARLEQUIN
Que diable est-ce que tout c'a? Toa Maître, ta Maîtresse, des cornes, des coups de bâtons, explique- toi donc?
GILLES
Ça veut dire qu^étant à la maison, en montant au grenier, j^ai couru après not' chat, il s'est enfui, j^ai voulu l'attraper, il a monté au grenier, du grenier il a monté sur les tuiles, j'ai défait mes sabots.
ARLEQUIN
Après ?
GILLES
J*ai défait mes sabots, j'ai été après.
ARLEQUIN
Sur les tuiles.
GILLES
Sur les tuiles.
ARLEQUIN
En passant par le grenier?
GILLES
Oui, en passant par le grenier.
Isabelle double. 7$
ARLEQUIN
Courant après le chat?
GILLES
Oui, pardienae, courant après.
Pour rattraper ?
GILLES
Pour l'attraper; mais dame au lieu du chat, sçais-tu bien ce que j'ai vu ?
ARLEQUIN
Eh bien quoi, qu'as* tu vu r
GILLES
J'ai vu not' Maîtresse et ton Maître qui causoient à ventre déboutonné; pardienne de ce train là, ils auroient fait vingt ]ieues par heure.
ARLEQUIN
Va, va, tu ne sçais ce que tu dis.
GILLES
Pardienne, je ne suis ni fou ni saoul, et je Fattends au passage pour la torcher d^importance.