SCENE VIL
LEANDRE en Magicien, GILLES, JEAN BROCHE, ISABELLE.
{Jean Broche et Isabelle s'entretiennent ensemble en regardant le Magicien,)
il H bon jour, not' Maître.
LEANDRE
Tais-toi, c'est moi.
GILLES bas.
Sans vot' firlimouse, je ne vous aurois pardienne pas reconnu.
LEANDRE baS.
J'ai peine à me reconnoître moi-même, je grossirai ma voix pour n'être pas reconnu,
GILLES
Grossissez tout ce que vous pourrez, c'est toujours bien fait, et Ton ne vous reconnoîtra pas.
Magicien. io3
LEANDRS.
Je vois dans Tavenir, cependant je n'ai point de lunettes. Le ciel tonne à ma volonté, et j'en joue comme d*un toton ; je boucle les planettes, je fais éternuer la lune et tomber les étoiles.
GILLES
Il vaudroit bien mieux faire tomber les alouettes toutes rôties.
LEANDRE
J'enferme le tonnerre quand il m'en prend envie.
£t moi je le lâche dans ma culotte.
LEANDRE
Je n'ai qu'un pas à faire pour aller dans le ciel. J'allume enfin, et j'éteinds la lune comme je fais ma chandelle.
JEAN BROCHE s*approchant ,
Monsieur, c'est pour moi que Monsieur Leandre vous a parlé.
LEANDRE
Est-ce pour vous, pauvre vieillard ?
I04 Leandre
JEAN BROCHE
Oui, Monsieur, je voudrois bien que vous voulussiez me donner de la force plus que je n'en ai.
GILLES
Mais expliquez-vous donc, Monsieur, est-ce de jarret que vous voulez? est-ce pour porter des crochets ?
JEAN BROCHE
Eh non, mon ami, c^est pour avoir la paix dans le ménage.
LEANDRE
Je vous entends : est-ce là la femme incommodée ?
Hélas! oui. Monsieur.
LEANDRE
Eh bien, voulez-vous être mieux servie i
ISABELLE
Oui, Monsieur, car je ne le suis point du tout.
LEANDRE
Allons, j'ai votre affaire sur moi. C'est une bagatelle que cela. Laissez-moi faire,
Magicien. io5
dans un moment vous m*en direz des nouvelles.
JEAN BROCHE
Quoi, Monsieur, vous m'ai lez rendre
Mon Dieu, que j*aurai de joie ! que voulezvous que je vous donne? Ordonnez.
LEANDRE
Ah ! c'a ne seroit pas juste que vous payissiez pour ce que je veux vous faire. Tenezvous tous deux par le bras, et buvez ceci.
JEAN BROCHE
Mais, Monsieur, ma femme est déjà trop forte, il ne faut pas qu'elle en boive.
Faites ce que je vous dis, c*est ce qu*eile a de trop que mon remède vous donnera.
ISABELLE
Mais je ne veux rien perdre au moins, je ne veux que gagner.
LEANDRE
Ayez de la confiance au remède, vous dis- je.
JEAN BROCHE
Allons donc ma petite, faites tout ce que Monsieur vous dira.