SCENE PREMIERE, CASSANDRE, seul
IL faut avouer que la médisance est une bien mauvaise langue. Il y a un an que je me suis marié à la charmante Isabelle; lorsque je Tépousai, on me faisoit cent contes de toutes parts, et on me disoit entr'autres : bon homme, vous serez à votre aise avec cette fille-là, vous serez au large avec
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elle ; cependant les médisans sont bien confondus, car depuis le jour que je Tai épousée, je n'ai pu, malgré mes soins et les moyens que j*ai mis en usage, parvenir à lui ravir la fleur de sa sagesse, et ne l'ayant pas fait, je crois pouvoir me vanter que ma femme n'a jamais forfait à son honneur, pas même avec moi. Cependant réflexion faite, j'en souffre de ces obstacles invincibles, et d'ailleurs Isabelle étant si jeune, me met à des épreuves perpétuelles qui ne peuvent réussir. J'ai donc en catimini commencé de faire accointance avec la belle Catin, qui demeure près de chez nous ; elle est d'un âge mûr, c'est une fille qui a beaucoup d'usage du monde, et je trouverai sans doute avec elle des facilités si grandes, que je parviendrai tant bien que mal, à jouir du bonheur le plus parfait. Cependant j'ai peur que ma femme pour un pois ne me rende une fève, l'on m'a averti que mon compère Leandre voulait y fourer son affaire; comme c'est ce qu'il m'importe de sçavoir ; je vais lui emprunter son habit des Dimanches, et sous ce déguisement, parler d'amour à ma femme pour voir si elle y correspondra : il faut lui dire adieu pour la mieux tromper.
Isabelle..., Isabelle....
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