SCENE PREMIERE
LEANDRE, ISABELLE
ISABELLE
^N vérité, mon cher Leandre, dans la pas- •> sion de mon cœur j*ai beaucoup z'k souffrir.
LEANDRE
Comment donc c'a, charmante zlsabelle i
ISABELLE
Vous m'avez juré vot' tendresse.
i6o La Vache
LEANDRB.
Je VOUS la jure encore, Mamselle.
I8ABBLLB.
Vous m'avez promis de ne point aller cheux d^autres Demoiselles que moi.
Mamselle, je suis z'un Gentishomme de bon lieu, et je ne suis point z*un homme à TOUS manquer.
ISABELLE
Vous sçavez que je n'aime point ç*a.
LEANORB.
Voulez-vous que je fasse un coup de lame pour vous le prouver ? Vous n'avez rien qu*à dire ; voule&-vous que je dégaine ?
ISABELLE
Non, non, cher Liandre, j*aime bien mieux vous voir rengaîner.
LEANDRE
Ne s'agit-il que de cela, Mamselle ?
ISABELLE
11 y a vraiment bien d'autres anguilles sous roche.
et U Veau. i6i
LEANDRE
Commeat donc.?
ISABELLE
£t Paquette Courtalon, la fille à Jean le Poivre ?
Cest une fort honnête Demoiselle que je connoîs du quartier.
ISABELLE
Eh que faites-vous cbe^ielle ?
LEAlfDkB.
Je ne vais point dans sa chambre. A la vérité nous avons été quelquefois nous promener z'ensembie.
ISABELLE
Oui, à la Courtille, aux Porcherons, ensuite se reposer dans les bleds, quoique ç^a soit défendu.
LEANDRE
Franchement, Mamselle, puisque vous sçavez tout, je vous dirai que c*est une bonne créature, et que je lui ai fait un enfant à cause de la connoissance. Vous sçavez bien que cela ne se peut refuser, quand z'on vous le demande.
t6i La Vache
ISABELLE
Cela z^est vrai^ mon cher Liandre, mais la fidélité de la tendresse veut que vous n'en fassiez qu*à moi, et je ne veux plus que ç*a vous arrive avec elle.
Mais que ferai-je, ma charmante? elle va tempêter, crier, faire z*une vie de chien, et peut-être mettre une opposition à not' charmant z*hy menée.
ISABBLLB.
Il lui faut faire z*un établissement.
LEANDRE
C'est à quoi j'ai pensé, j*en voulois faire z'une Nourrice.
ISABELLE
Cela z*e8t bon, mais en attendant il faudroit la marier.
LEANDRE
Mais qui prendra comîae c'a la Vache et le Veau 1
ISABELLE
' Il se trouve toujours dans le monde des personnes pour c'a; vot* valet Gilles, par un exemple.
et le Veau. i63
LEANDRB.
Cest fort bien avisé, car je m'en vas lui parler drès tout à stheure.
Je le vois qui vient par-devers vous. Commencez toujours par lui proposer de faire la chose, ensuite de quoi je lui dirai de mon côté ce que je pense à par moi.
LEANDRE
Je vas le faire. Adieu, charmante js'Isa»
belle.