‹ Théâtre des boulevardsChapitre 66 sur 156 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

LEANDRE, GILLES

LEANDRE

ViBNs-ç*a, Gilles, mon ami, tii es bon garçon, qui fais bien ce que tu dois.

GILLES

J'en serois pardienne bien fâché, je ^erois pendu.

LEANDRE

Comment donc c'a ? .

164 l^ Vache

GILLBS.

Pardienne, je dois plus de dix écus; si je les faisoiSy vous voyez bien que je ferois le guet au clair de la Lune à la Cour des Monnoyes.

Tu places toujours quelque trait de ta science.

GILLES

Oh, ho, not' Maître, tel que vous me voyez, je ne sçais pas de latin, mais pour du grès j'en casse.

LBANDRB.

Encore ! tu es aussi par trop versé dans les histoires.

GILLES

Pas trop, mais je sçais bien vivre.

LBAMDRE.

Gomment, tu sçais aussi de la politesse?

GILLES

Fort peu de c'a ; mais je sçais bien boire, bien manger, bien dormir : n*est-ce pas sçavoîr vivre ?

LEANDRE

Si tu continues, Gilles, mon ami, tu deviendras Docteur de T Université d'Anteres.

et le Veau, i65

6ILLXS.

A Gonesse, à Montmartre, tout c'a m'est de même à moi; je sçais bien vivre, vous dis-je, et je suis le sentiment d*un grand Merdicus.

Et quel est-il ?

GILLES

11 dîsoit que pour vivre longuement, il foUoit donner à son cul vent. Oh dame, j'aime bien la vie.

LEANDRE

Fi donc; tu sçais bien que je n'aime fws les vilainies.

GILLES

Oh dame, je ne suis pas si sot que je suis màl-habilIé. Vous prenez donc cette grande recette de merde saine pour une vilainie.

Ah, ah, cela est drôle ; vous êtes donc, not' maître, comme celui qui disoit que Pantoufle étoit père des quatre fils Aymon.

LBAKDBE.

Je ne dis pas c'a pour te fâcher, mon ami; car enfin, tu dis queuquefois mieux qu'un ibur, quoique tu n^ayes par la gueule si grande.

i66 La Vache

GILLES

Pardienne, je ne me fâche pas non plus.

Est-ce que je ne sçais pas qu'il dort bien des bêtes à Tombre quand le Soleil est couché. N^est-il pas vrai, Monsieur ?

LSANDRB.

Cela z'est vrai. Mais, mon cher Gilles, tu sçais que je fai toujours aimé; tu vois bien, que je ne puis refuser à Mamselle z'Isabelle rhonneur de faire z'une fin avec elle.

GILLES

Est-ce que vous ne commencerez pas avec elle par le commencement^

LEANDRB.

Le commencement est déjà fait, comme tu peux croire; mais ce que je te dis, c'est z'une façon de parler du beau monde, pour dire que je la veux épouser.

GILLES

Âh! j'entends fort bien. Nous allons donc être de noces ? Pardienne, j'ai Ions bien boire.

Oui pour ça, tu boiras bien ; mais je voudrois t'y voir danser comme il faut.

et le Veau, 167

GILLES

Et pourquoi n'y danserois-je pas? Laissez faire à moi, si je casse mes sabots, vous m'en donnerez z*une autre paire, n'est-ce pas? Oh dame, je ferai beau bruit.

LEANDRE

Tu feras tout c'a? Mais fe youdrois que tu fisses encore autre chose.

GILLES

Pardienne, vous n'avez rien qu'à dire.

LEANDRE

Dis-moi z'un peu, quand tu me vois avec la charmante z'Isabeile, l'eau, comme z'on dit, ne te vient-elle pas à la bouche ?

GILLES

Pardienne^ si fait.

Tu sçais combien je t'aime, je voudrois donc, car c'a coûteroit de moitié moins, que nous ne fissions qu'une noce.*

GILLES

Comment ? vous voulez que nous -l'épousions tous deux? Pardienne la mariée sera bien époussetée.

i68 ' La Vache

LBANDKK.

Eh non, je ne dis pas c'a; j'épouserai la charmante z*Isabelle.

GILLES

Et n^oi aussi, n*est-ce pas ?

LEANDRE

Non vraiment, je t'en veux donner z'une autre, et te faire z'un établissement; mais il faut auparavant que je la sonde.

GILLES

Nenni, nenni, not' Maître, c'est mon affaire, je ne veux point de ça.

LEANDRB^

C'est pour sçavoir si elle veut bien de toi.

GILLES

Je vous dis et vous douze que jfe veux qu'il n'y ait que moi qui la sonde, autrement point d'épousailles.

Mais je te dis que c'a presse.

GILLES

Ta^t que le cul vous pèlera. Je ne fais pas ai vite moi, je m'en vais ruminer tout c'a.

Adieu, not' Maître, je nous reverrons tantôt.

et le Veau. 169

Page 1