‹ Théâtre des boulevardsChapitre 78 sur 156 · ISABELLE, CASSANDRE, ARLEQUIN · texte numérisé non relu

ISABELLE, CASSANDRE, ARLEQUIN

ISABELLE en entrant donne un soufflet à Arlequin.

VOTEZ un peu cet insolent qui m'appelle ^ zlsabelle, comme on appelle un chien Citron.

ARLEQUIN

Voilà un beau commencement d'obéissance! Dame, Mamselle, c*est Monsieur votre Père.

ISABELLE lui donnant deux ou trois soufflets.

Mon Père, gueux de faquin; si tu me raisonnes, je te donnerai, de mon Père, sur les oreilles.

3o6 Casêondre

AitLEQUIN.

Monsieur, voilà Mamselle yotre fille qui me paroit disposée à avoir du respect pour moi.

CASSANDEE.

Oh ! >e l*ai bien élevée. Or c'a, ma chère enfant, je suis obligé de partir pour les Indes, et je te laisse z*Arlequin qui aura soin de toi.

ISABELLE

Mon cher Père, vous me trouverez toute ma vie dans la z^obéissance d'une fille qui a de la considération pour son Père; et puisque c'est votre opiniâtreté de partir, je ne m'aviserai pas de m'y z'y opposer : pour ce qui est d'en cas de z' Arlequin, fiez-vous t'a moi, je le ferai bien charier droit.

Entendons-nous, ma fille, je prétens que ce soit z' Arlequin qui soit 1/e maître dans la maison, et c*est sous sa direction que je te laisse.

ARLEQUIN

Entendons-nous, Mamselle, Monsieur votre Pece ne prétend, pas que ce soit vous qui soyez sur moi, il veut que ce soit moi qui sois sur vous, il sçait la règle.

euix Indes, 107

ISABELLE

Comment vous voulez, mon cher Pere, que j'obéisse à z'un valet qui se fichera de moi toute la journée, et qui n*est pas tant seulement digne de me décroter mes souliers ?

CASSAMDRB.

Oui, ma fille, je lui donne mon autorité paternelle.

ARLBQUIK.

Oui, Mamselle, son autorité paternelle, maternelle, fraternelle, tante^nelle, et sempiternelle.

CASSANDRB.

La bienséance veut qu'une fille soit sous la direction de quelques-z'uns de raisonnable.

ARLEQUlir.

Sous une protection déraisonnable.

Pour éviter la chronique scandaleuse.

ARLEQUIN

La colique.... Comment dites-vous ?

CASSANDRE

Et confier à une fille son propre honneur, c'est renfermer cette précieuse liqueur dans un vase trop fragile.

2o8 Cassandre

ARLEQUIN

Fragile, Il est vrai, il y a toujours quelque trou par où le pot s'enfuit.

ISABELLE lui dotim Ufl SOUfflCt,

Tiens insolent, mets cette piece-là à ton pot, via comme je réponds aux raisonneurs.

ARLEQUIN donne des coups de bâton à Cassandre»

Tenez. Monsieur, voilà comme elle répond aux raisonneurs.

CASSANDRE en colère.

Ah ! je vois bien que la zizanie de la dis* corde s'emparera de ma maison, et qu'il vaut mieux que je ne parte pas pour mon voyage; mais la belle, vous payerez plus cher qu*au marché votre peu de soumission pour un Père, qui ne songe qu'à vous amasser de quoi.

Mais aussi, mon Père, est-il juste que j'aie de la subjection pour z'un domestique^

CASSANDRE

N'en parlons plus, n'en parlons plus, je resterai, mais par la Carcagnote de mon grand-pere, tu t'en repentiras.

aux Indes, 209

ISABELLE à part.

J'ai tort de ne point laisser t'aller, mon Père, aux Indes, j'aurai t'encore moins mon libre arbitre, (haut,) Mon Père, je vous demande pardon, et je le ferai de bon cœur, puisque vous le voulez.

CASSANDRE

Ah, voilà parler ça !

ARLEQUIN

La bonne pièce.

ISABELLE

n ne s^agh point z'icî de faire de frimes, et tu peux compter, mon cher z* Arlequin, que puisque mon Père l'exige, je t'obéirai comme z'à lui-même.

CASSANDRE

Sur ce pied-là, je vais donc partir tranquillement pour les Indes.

ISABELLE

Ah, mon cher Papa, quand je songe que vous allez si loin, je ne sçaurois retenir les larmes de ma douleur; je suis prête z'à m'évânotiir; si vous allez t'être malade!

ARLEQUIN

Eb bien, est-ce qu'il n*y a pas de maréchaux dans ce pays là ?

2IO Cassandre

CASSANDItB.

\à, mon enfant, ne pleures pas, car tu me ferois aussi pleurer; et sans doute z'Arle^ quin pleureroit, aussi bien que toute l'honorable assemblée*

ISABELLE se met à genoux devant son Père,

Avant de partir, mon Père, je vous prie de me donner votre bénédiction.

ARLEQUIN se met à genoux derrière Isabelle.

Oui, Monsieur, votre bénédiction.

(Arleipâin pousse Isabelle, qui pousse son Père, et ils tombent tous trois,)

CASSANDRE

Peste soit du mal-adroit! Adieu ma fille, je te donne ma bénédiction. Adieu Arlequin, songe à régaler dMmportance les amoureux qui pourroient venir*

ARLEQUIN le met dehors par les épaules.

Laissez-'mot faire, bon sOir. Oh ça, Mamselle, commentons par régler ensemble.

CASSANBRB revenant du côté d'Isabelle,

lui dit :

Il iaut que je te baise avant que de partir, ma chère enfant;

aux Indes. 211

ARLEQUIN donne des coups de bâton à Cassandre,

Comment baiser un homme? Ah je vous apprendrai.

CASSANDRB.

C'est moi, c'est moi; à qui diantre en as-tu ?

ARLEQuin le poursuit jusque hors du Théâtre»

Tirez, tirez.

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