‹ Théâtre des salonsChapitre 36 sur 76 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

LA COMTESSE, LE MARQUIS, puis LE COLONEL.

la comtesse, avec émotion.

Quoi ! c’est une visite d’adieu. J’étais loin de m’y attendre.

LE MARQUIS

Que voulez-vous, Madame! si le bonheur de toute une vie se décide en un instant, il ne faut qu’un instant aussi pour briser les plus chères espérances et désenchanter l’avenir...

la comtesse , V interrompant.

... Et vous parlez demain ?...

LE MARQUIS

Non , Madame , je pars aujourd’hui même. la comtesse, comme malgré elle.

Déjà?... (Avec plus de réserve .) Pourquoi nous fuir de la sorte, marquis? Dans quelques jours nous quitterons les Eaux-Bonnes. Voyez, le mauvais temps nous chasse. Comme une bande d’hirondelles, nous nous serions envolés tous ensemble pour nous réunir un peu plus loin. Ici, nous formons une même famille. Un départ isolé, c’est triste, le savez-vous? Un promeneur de moins dans les courses vagabondes, cela rembrunit l’horizon. Une place vide au banquet des habitudes, cela serre douloureusement le cœur.

LE MARQUIS

Eh ! croyez-vous, Madame, que celui qui s’exile ainsi, laissant derrière lui ses rêves évanouis, ne souffre pas?

là comtesse , cherchant à cacher son émotion .

Un poëte a dit :

a Le chagrin d’un départ est pour celui qui reste. »

Paris dissipera votre tristesse. C’est le pays des guérisons morales. Après tout, vous avez raison de nous quitter : le séjour des Eaux-Bonnes est peu fait pour calmer une imagination exaltée. Ces longues promenades solitaires ne valent rien au mal que vous éprouvez. Le bruit, les plaisirs sans cesse renouvelés d’une grande ville, vous sont nécessaires... Partezdonc, Monsieur, partez; et, lorsque nous nous reverrons, vous aurez, je l’espère, effacé de votre souvenir la triste page que j’y ai tracée.

LE MARQUIS

Hélas! Madame, l’oubli ne saurait m’atteindre, et, si je pars, c'est pour vous éviter la vue de mes douleurs, et non pour vous chasser de ma mémoire. Croyez-Ie, quoi qu’il advienne, vous y resterez jusqu’au dernier battement de mon cœur. Voila ce que je tenais a vous dire une fois encore ; et maintenant, adieu.., adieu peutêtre pour toujours...

la comtesse, avec élan.

Marquis ! ( S'arrêtant confuse .) A quelle heure partezvous ?

A l’instant.

LE MARQUIS

LA COMTESSE

C’est impossible...

le marquis, allant à la fenêtre et l'ouvrant.

Regardez...

LA COMTESSE

Une calèche de voyage... des chevaux de poste... (A elle-même .) C’est donc bien vrai?

LE MARQUIS

Vous le voyez , Madame , dans quelques minutes j’aurai dit adieu a tout ce que j’aime, a ce pays que nous habitions ensemble et que je ne reverrai jamais.

Mon Dieu ! c’est affreux , un départ !

LE MARQUIS

Oui , en effet ; c’est la plus cruelle des épreuves dans l’existence d’un homme aimé : car il est des séparations qui happent deux cœurs du même coup. La douleur

qu’on éprouve s’augmente alors de la douleur qu’on va causer. Mais moi, Madame, je serai seul a souffrir, ce qui m’est une consolation ; mon départ ne changera rien aux joies de ceux que je quitte. Demain, ils m’auront oublié comme ils en ont oublié bien d’autres. Je ne laisse sur mon passage ni regrets, ni désespoir, ni larmes.

la comtesse , la voix entrecoupée.

Regardez-moi donc, Monsieur...

LE MARQUIS

Que vois-je? vous pleurez... vous pleurez, vous... Madame?...

LA COMTESSE

Oui , je pleure.

LE MARQUIS

Et pourquoi ?

Vous me le demandez?...

On entend le fouet du postillon.

la comtesse , avec anxiété.

Marquis... c’est le signal du départ... vous entendez...

celte voiture est là, attelée... (Le fouet se fait toujours entendre.') Oh ! le bruit de ce fouet me déchire le cœur... (Le marquis se dirige vers la fenêtre.) Que faites-vous ?

le marquis , appelant.

Jacques !...

une voix, en dehors.

Monsieur?

LE MARQUIS

Payez la poste et renvoyez-la.

le colonel , entrant sur cette dernière phrase.

Arrêtez, mon cher, arrêtez. Vous restez, mais moi je pars. One dépêche télégraphique m’annonce qu’on m’attend à Paris, et, si vous le voulez bien, je profiterai de votre voiture. ( Allant à la fenêtre.) Jacques , ne renvoyez ni chevaux ni postillon. (Se tournant vers la comtesse.) Eh bien ! comtesse, me direz-vous pourquoi il reste?... pourquoi?...

la comtesse , f interrompant.

Mon ami, tout ceci est l’histoire d’une larme qui a pour titre : Un Coup de fouet.

,’••• ff *•» •-> 'à, ni $J ! rU> [.*&**> ’

.mutb w < -jov / i

■ n tts î f \ -i-Ait - o< .V) V-- v>: ». 1 î -n4 , - ’ ’/.

«4 .54? •' ty]p. i »i ii»if «i**i tà) .*>,/ i »>.<* vî ;•! Jti/ftis ' a j.

h ; . ; ,.♦? nn Ji . : :j- i. > ! ...

. . .l' iû jj»

Au., < . ... • -

:»'!■ ■: b,p îü.îl.oi *t ;V*n ; < : î ni :ti i«i UQÜ

Page 1