A MADEMOISELLE MARIA FAVART
(de la comédie-française)
Chère et spirituelle camarade,
Du fond de mes jungles dévorantes, où, par bonheur, je n’ai à combattre d’autres Anglais qu’une avalanche de moustiques et de sauterelles , permettezmoi de vous offrir la dédicace de ce coup de crayon dramatique qui n’a dû son succès qu’aux excellents comédiens qui ont bien voulu l’interpréter.
Je n’ignore point le peu de valeur de cette composition excentrique ; mais, comme elle contient, — ce qui, à vrai dire, forme l’essence du théâtre, — une situation, elle nécessitait un très sérieux développement de qualités artistiques pour être présentée avec quelques chances heureuses devant un public indulgent.
Ce n’est pas là, sans doute, un sujet qu’il serait prudent de hasarder devant cette foule de tous les jours à laquelle on est, en quelque sorte, parvenu à imposer la religion des choses banales. Ces petits défis, jetés au monstre moderne, qui entraîne tout dans son suaire
de décadence, ne peuvent guère s’offrir qu’à un auditoire des dimanches. Là, votre succès a été complet; et je n’ai guère eu occasion de voir parcourir avec plus d’esprit et de science la gamine des sentiments humains contenus dans une certaine limite. Entre vos mains, l’esquisse est devenue un tableau ; et vous avez su, en de certains moments, vous élever de l'ingénuité la plus tendre à la dignité la plus éloquente.
Les moustiques et les sauterelles . (pardon !.. j’ai
voulu dire les journaux) m’annoncent que vous venez de jouer Pauline, et que vous allez jouer clona Florinde. Je ne doute pas un moment de votre succès dans l’un et d’autre de ces rôles; et je ne regrette qu’une chose, en bon et franc égoïste, c’est de ne pas être là pour vous entendre et vous applaudir.
Et sur ce, cette dédicace n’étant pas à autre fin, chère et spirituelle camarade, je prie Apollon, dieu des vers, qu’il vous ait en sa sainte et digne garde !
Arthur Ponroy.