‹ Théâtre des salonsChapitre 63 sur 76 · LA COMTESSE, MADAME DE BLANCHAMP, HÉLÈNE, LE MARQUIS · texte numérisé non relu

LA COMTESSE, MADAME DE BLANCHAMP, HÉLÈNE, LE MARQUIS

LA COMTESSE , surprise et très préoccupée de l'intimité établie entre Hélène et le Marquis.

Pardon, ma chère Laure, de vous avoir laissée ainsi; mais le ministre était sorti, et il m’a fallu attendre chez sa femme. ( Elle appuie sur ce mot en regardant le Marquis.) J’y allais pour une affaire indispensable. Bonjour, Hélène. Comme vous êtes embellie ! Et toujours aimant la musique, a ce que je vois.

LE MARQUIS

Mademoiselle a une voix admirable.

Hélène, surprise.

Tiens! je n’ai pas chanté.

LE MARQUIS

Oh ! mais je le sais.

Hélène, coquette.

Comment ça?

le marquis, avec intention.

Ah! ah! voilà! Les couvents ont des échos dans le monde.

la comtesse , inquiète.

(d part.) Qu’est-ce que cela?... (Haut.) Marquis, pardon, je ne vous ai pas dit bonjour : vous et moi avions mieux à faire.

Ils se donnent la main ; elle le pince. ~~ Grimace et geste du Marquis.

madame de blanchamp, vivement , à part, à la Comtesse.

Dites-moi , chère Clémence. Ce monsieur est marquis? Est-il riche ?

LA comtesse, étonnée.

Mais oui, fort riche... Pourquoi?

MADAME DE BLANCHAMP.

C est que tout d’un coup Hélène lui a plu, et comme cette petite va fort me gêner là-bas, s’il voulait l’épouser, cela me conviendrait beaucoup. M. de Blanchamp fait tout ce que je veux, et, si vous m’aidiez, ce serait fait.

la comtesse, stupéfaite.

Le marquis !... Hélène!... Mais c’est impos . (Se

remettant.') Chère Laure, comme vous y allez! On ne s’épouse pas comme ça. Le marquis est riche, mais Hélène ne connaît pas le monde; d’autres peut-être lui conviendraient mieux... Le marquis lui-même...

Du tout, du tout, il l’aime, j’ai vu ça tout de suite. Tenez, regardez, il ne la quitte pas... C’est enlevé... Aidez-moi , et c’est fait.

la comtesse, au supplice.

Eh bien , je ne dis pas. (Au Marquis.) Marquis, je serais bien aise d’avoir un peu de vos nouvelles. Voulezvous m’accorder un instant d’entretien. (A sa cousine .)

Pardon, ma chère, (du Marquis .) Votre beau-frère le ministre vous appelle aux fonctions de sous-secrétaire d’Etat. Voici votre nomination : elle sera demain au Moniteur. Nous allons déclarer notre mariage. Vous avez besoin que votre femme fasse les honneurs de votre salon et reçoive vos amis pendant votre absence une partie de la journée.

LE MARQUIS

Ah! Madame, toujours éloigné, je refuse.

LA COMTESSE

Alors, Monsieur, je pars pour l’Italie , et je prie ma cousine, dont vous avez dû apprécier l’amabilité, de vous donner l’hospitalité dans son château en Normandie , et, pour vous consoler, vous aurez le temps de chanter tout a votre aise.

MADAME DE BLANCHAML», bas à Hélène.

Elle arrange ton mariage avec lui.

LE MARQUIS

Clémence , si le despotisme pouvait être charmant, ce seraitle vôtre; mais je me révolte, vous abusez.

Ah! Monsieur, laissez-moi le soin de notre bonheur,

c’est mon bien le plus cher.. La constance de ceux quelles aiment est l’ambition de toutes les femmes, le but de toutes leurs études; elles sont passées maîtresses en cette science, à laquelle vous n’entendez rien, et c’est quand vous voulez la professer que tout est perdu. Lorsque vous en savez quelque chose , c’est que nous vous l’avons appris.

LE MARQUIS

Si votre manière de professer ressemblait moins au système cellulaire, peut-être serais-je un élève plus docile.

LA COMTESSE

Je n’ai point oublié que tantôt vous regrettiez d’être annulé, inoccupé; maintenant l’équilibre est rétabli. Absorbé par vos fonctions, votre femme sera votre repos; cela vaut mieux que de devenir une fatigue. En allant au ministère, où j’ai obtenu le retour du mari de madame deNitry, dont ce sera, je crois, le bonheur, j’ai pensé à consolider le nôtre; le ministre m’a comprise, et il vous confie un poste que vous méritez.

LE MARQUIS

Vous avez la générosité vindicative. Au fond , vous ne me pardonnez pas mes plaintes de tantôt.

LA COMTESSE

C’est moi qui ai besoin de pardon pour avoir rêvé

l’impossible. Je ne vous demande que de m’aimer; quant a moi , toute mon occupation sera de vous rendre heureux , et si, malgré mes efforts, je ne puis y parvenir, eh bien! je mourrai pour vous laisser épouser... Hélène.

LE MARQUIS

Vous êtes un adorable tyran. Comment ne pas vous céder? Votre raison gracieuse est une loi qu’on respecte et qu’on aime. J’entre dans une ère nouvelle où vous serez fière, sinon du mari, du moins de son amour et de son désir de garder le vôtre , pourvu que vous m’évitiez les séductions delà province.

Il montre en riant madame de Blanchamp.

madame de blanchamp, à Hélène , à part.

C’est une affaire bâclée! je suis sûre que tu es marquise. (Haut, à la Comtesse.') Eh bien! qu’est-ce que vous monologuez donc là chacun à votre tour? ( Bas à la Com tesse.) C’est arrangé , n’est-ce pas ?

LA COMTESSE

Ah! mon Dieu non! il y a un petit inconvénient,

c’est que le marquis est marié... je crois.

MADAME DE BLANCHAMP.

Ah sapristi! Comment, marié? vous ne le saviez pas

tout à l’heure... Vous ne connaissez donc pas ceux que vous recevez?

LA COMTESSE

Marquis, veuillez venir, que je vous présente a mes cousines. Ma chère, M. de Cerny, mon mari.

HÉLÈNE, MADAME DE BLANCHAMP, ensemble.

Son mari î

Hélène, à 'part.

Eh bien , et moi ?

LA COMTESSE

Oui , ma chère , mon mari , que des raisons fort raisonnables m’avaient empêchée jusqu’à ce jour de présenter à mes amis.

le domestique, annonçant.

Madame de Nitry.

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