‹ Théâtre des salonsChapitre 7 sur 76 · LE COMTE, LA BARONNE, SAINT-LARRY · texte numérisé non relu

LE COMTE, LA BARONNE, SAINT-LARRY

LA BARONNE

Asseyez-vous, mon cher vicomte, et permettez-moi de vous présenter au comte Raymond de Fleury, le meilleur ami de ma famille et le mien. Au point où nous en sommes tous, on ne se borne plus à se complimenter, on s’explique.

SAINT-LARRY

Ah! Madame, le vicomte vous a tout dit.

LE COMTE

Oui, Monsieur, tout; et, permettez-moi de vous Ta-

vouer avec une parfaite cordialité, lafrésolution de madame la baronne m’est entièrement agréable; et, au titre d’ami dévoué, j’y souscris.

SAINT-LARRY

Ah! Monsieur !.... Ah ! Madame! Je suis pénétré de reconnaissance. Je ne saurais vous exprimer toute la joie, toute l’émotion, dont je me sens animé. Non, Madame, non, vous ne pouviez faire un choix meilleur; celui que vous allez épouser est le plus parfait de tous les hommes, une nature d’élite, une âme généreuse, un esprit supérieur !

LF, comte , à part.

Eh bien! en voila un qui s'entend du moins a faire son panégyrique.

la baronne, à Saint-Larry .

Mais j’ai peine â comprendre!...

SAINT-LARRY

Je vous ai aimée, Madame; je vous ai tendrement aimée. Rien qu’à entendre votre voix si douce, rien qu’à sentir le frôlement de l’heureux satin qui vous enveloppe , un aveugle vous aimerait, car il vous verrait dans son âme. Mais, quand j’ai su, Madame, que mon ami , le bon , le digne, l’excellent J ulien de Persac, vous

avait aimée aux eaux d’Ems, j’ai pris mon grand courage à deux mains , etje venais vous demander les deux vôtres, et votre cœur, et toute votre adorable personne, pour lui, pour Julien, pour le seul homme qui soit digne de vous.

le comte , à part .

Oh! Ah!

LA BARONNE

Par exemple, voilà qui est un peu fort. Comment, Monsieur, vous venez me demander ma main pour M. le vicomte de Persac? .

SAINT-LARRY

Oui , Madame.

LA BARONNE

Mais, tout a l’heure, monsieur le vicomte de Persae ine demandait ma main .

Pour qui?

SAINT-LARRY

LA BARONNE

Pour vous.

SAINT-LARRY

Oh! Madame, je ne dois pas, je ne puis pas accepter. Julien est mon frère , Madame, et je n’ai pas eu plus tôt connu son amour que ma résolution a été prise. C’est lui , Madame , qui doit vous épouser. Et si , en entrant chez vous, j’ai conçu un sentiment d’impatience , c’est pour avoir supposé, — je m’en accuse, — qu’il m’enlevait quelque chose du sacrifice que j’avais résolu

de lui faire. Epouser la femme qu’il aime . moi ! .

Jamais.

LA BARONNE, à part.

Ah! c’est-à-dire que, de deux maris qui sont à mes pieds, me voilà réduite à ne relever ni l’un ni l’autre, et conséquemment à rester veuve.

SAINT-LARRY

Permettez-moi , Madame , de courir sur les pas de Julien, de le ramener près de vous; tout ceci est la suite d’un malentendu ; c’est lui qui doit vous épouser; c’est lui qui vous aime , et je vais .

LA BARONNE

Allez, mon cher vicomte, allez: j’attendrai patiemment, peut-être, le résultat des conférences.

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