LES MÊMES, MADAME BAUGE, VICTORINE
victorine, annonçant.
Madame Baugé ! Eh! bonjour, chère madame.
MADAME BAUGÉ
Qu’il y a donc longtemps...
Des éternités. Je devais vous voir aujourd’hui, Madame...
Vraiment?
MADAME BAUGÉ
Nous parlions de vous, tantôt, avec M. Begaud.
MADAME BAUGÉ
Je ne le voyais pas.
m. begaud, éveillé.
Madame, j’ai bien l’honneur...
m. moulin , bas à madame Servière.
Il a parlé.
Et monsieur Moulin ?..
M. MOULIN
Avec tous ses respects.
MADAME BAUGÉ
Mon mari vous cherche.
M. MOULIN
Il me trouvera. Ah! pauvre Baugé! L’excellent homme que vous avez la.
MADAME BAUGÉ
N’esl-ce pas? Vous me l’avez gâté.
M. MOULIN
Par exemple! Et voilà comme on écrit l’histoire.
MADAME BAUGÉ
Vous savez la grande nouvelle ?
Laquelle ?
MADAME BAUGÉ
Madame Marsault...
M. MOULT N
Elle n’est pas morte?
M. Moulin.
M. MOULIN
Eli ben quoi ? quand elle le serait...
MADAME BAUGÉ
Elle n’en vaut guère mieux.
M. MOULIN
Elle se sera jetée par la fenêtre?
MADAME BAUGE
Non plus. Elle entre au couvent.
M. MOULIN
El M. Marsault?
MADAME BAUGÉ
Il n’y entre pas.
M. MOULIN
Tant pis.
M. BEGAUD.
Une fort aimable personne, madame Marsault; je la plains de tout mon cœur.
M. MOULIN
Ça n’empêche pas.
Et comment? Et pourquoi ? Qui a pu la déterminer...
M. MOULIN
Son époux l’aurait-il trompée ?
MADAME BAUGE
Vous n’y êtes pas.
M. MOULIN
Alors j’y renonce.
MADAME BAUGÉ
Quinze mille francs...
M. MOULIN
J’y suis! qu’elle aura laissés...
MADAME BAUGÉ
L’autre soir chez madame Pipard.
M. MOULIN
Excellente maison! Eh ben, vingt-huit la veille, chez la sœur de madame Truvelin , cinquante-deux; elle en doit quarante-cinq à ma connaissance ; total, quatre-vingt-dix-sept, sans compter ce qu’on ne sait pas.
C’est fort joli.
M. MOULIN
Et papa Marsaull?
MADAME BAUGÉ
Papa Marsault ne veut pas en entendre parler.
M. MOULIN
Le fait est qu’à sa place, j’aimerais mieux...
Vous aimeriez mieux quoi?
M. MOULIN
Tout! voire même les maisons de campagne... Madame Baugé ?
MADAME BAUGE
Plaît-il ?
M. MOULIN
Vous viendrez bien à son secours ?
MADAME BAUGÉ
Pour ca non.
line cousine !
MADAME BAÛGÉ.
Puis , je le voudrais que je ne le pourrais pas.
M. MOULIN
Vous avez deux c^nt bonnes mille livres de rentes.
MADAME BAUGÉ
Pas le quart.
MADAME SEBVIÈRE.
Je vous croyais riche.
MADAME BAUGÉ
Je ne le suis pas. Parce que M. Baugé en gagne, et beaucoup , ce n’est point une raison pour le jeter par les fenêtres. Voyez madame Marsault, je lui ai assez dit : « Tu t’enferreras, chère amie, tu t’enferreras » ; et chaque fois, elle me répondait : « Laisse-moi donc faire, je sais mener ma barque; ne t’inquiète pas, sois tranquille. » Elle l’a si bien menée qu’au bout du fossé...
M. MOULIN
La culbute. Elle a chaviré. Au fond , vous n’en êtes pas fâchée ?
MADAME BAUGÉ
Je le lui avais prédit... Mais vous me faites dire des choses...
M. MOULIN
N’allez-vous pas m’en vouloir, à présent ?
MADAME BAUGÉ
Et vous aurez le front de me soutenir que vous n’avez noint perdu mon mari? Tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, me le prouve...
M. MOULIN
Chère madame !
MADAME BAUGÉ
Je ne vous aime plus.
M. MOULIN
Vous m’avez donc aimé?
MADAME BAUGÉ
Non, je ne dirai plus rien, vous me faites dire des sottises.
M. MOULIN
Disons-en, n’en faisons pas.
Vous voilà parti?
Non. Pourriez-vous, Madame...
MADAME BAUGE
Qu’est-ce encore ?...
M. MOULIN
Me dire où je pourrais rencontrer mon élève?
MADAME BAUGE
Il a dû aller chez M. Bertinelle, je pense que vous le trouverez la.
M. MOULIN
Je vais donc avoir, Mesdames...
MADAME BAUGÉ
Le plaisir de prendre congé de nous?
M. MOULIN
Non, non, pas si Marsaultî
Le mot est donc de lui.
MADAME BAUGE
Accompagné de plusieurs autres.
Pauvre M. Marsault!
Tout un volume, que je vais proposer à Michel Lévy.
MADAME BAUGÉ
C’est une affaire.
M. MOULIN
Fort belle. Adieu, Mesdames.
En voilà pour combien d’années?
M. MOULIN
Je ne veux plus mériter de reproches.
Nous verrons.
m. moulin, en s'inclinant , à M. Begaud. Monsieur...
m. begaud , se levant et répondant au salut. Monsieur, de tout mon cœurv