B0tL\ND0. — Eh bien
TOUS. — Silence !
SAINT- JULES. — Messieurs et chers amis, vous me voyez ému jusqu'aux larmes de ces précieuses marques de sympathie. Il est doux, aux heures déc'sives, de se sentir ainsi environné... Un de mes meilleurs et de mes plus anciens camarades de collège, M. de Roclor, vient, avec une bienveillance exagérée, de qualifier ce modeste déjeuner de poème. Peut-être n'était-ce pas poëme qu'il convenait de diie, mais élégie. Ce banquet représente en effet mes adieux à la vie, et je vous remercie d'avoir bien voulu y assister... ô mes amis , mes bons amis!... la reconnaissance ine déborde. — Nous allons passer au café.
Tou.s. — A Saint-Jules !
quand signons-nous le contrat?
ENGOULEVENT. — LaisSCZ-
moi encore quelques jours.
M. BOULANDO. — Mais, sabre de bois! je vous en ai déjà assez accordé, je crois. Vous savez combien j'ai hâte de me retirer dans le Cateau-Cambrésis, ma province natale. Signons.
ENGOULEVENT. Il UC lUC
reste plus que quelques petites affaires à terminer,
M, BOULANDO. — YOUS Uie
promenez depuis trop longtemps. Ceci n'est pas naturel, mon gendre.
ENGOULEVENT, à jmVt.
Je ne peux cependant pas me marier la veille de mon duel !
Tr^is mois après.
S.UiNT-JDLES, seul. Moil
duel ! — C'est demain qu'expire le délai que m'a accordé mon adversaire.
Me voici arrivé sur ce seuil terrible... To be or not to he... Caton d'Utique... je sais bien... le thème est beau et peut fournir encore d'intéressantes amplifications. Mais je préfère m'exercer une dernière fois et tirer au mur. — Mes témoins sont en roule pour aller trouver ceux d'Engoulevent. Encore un ou deux tours de soleil, et mon destin sera décidé. — Une, deux! une, deux! bon! Gàtechair applaudirait à cette botte. — Jelehais, cetEngoulevent!
je voudrais lui arracher le cœur de sa poitrine de spadassin et le dévorer sans assaisomiement ! —
Trois mois après.
E^"GouLEVE^T, seul. — Mon duel ! — C'est demain qu'expire le délai demandé par mon adversaire, et je n'ai encore reçu aucune de ses nouvelles. Voudraitil se dérober à ma juste vengeance? — Eh bien!
ma foi, il ferait sagement!
et, cela dùt-il parailrc bizarre, je ne courrais pas après lui. iNon! On a raison de dire que le temps guérit tout; je n'en veux presque plus à ce garçon de sa paire de giffles. Estce parce que trois mois ont passé par là-dessus?
Est-ce parce que me voilà riche et heureux? Je ne sais; mais je me sens singulièrement porté vers l'indulgence. — Il aura été cacher sa honte à l'él ranger , très -probablement ; c'est ce qu'il avait de
Entretenons ma haine ; figurons -nous que cette muraille est le torse immonde d'Engoulevent. — A toi, Engoulevent ! tiens, à la gorge! liens, au ven- Ivo ! tiens, àlacuisse! tiens, au bras! Meurs, Engoulevent ! Purgeons la terre d'Engoulevent! Encore ce coup, vjle engeance! et celui ci, scélérat! et cet autre, dzag! dzag! dzag!
— Hourrah! — 11 respire encore; achevons-le; pas de pitié pour Engoulevent !
A sac ! à sac! hue! oui"!
plus sensé à faire. Allons, tout est pour le mieux. J'ai beau être brave comme Roland, la perspective continuelle de ce duel m'agaçait plus que je ne saurais l'avouer. J'y pensais malgré moi. Cela m'empêchait dans mes résolutions et dans mes projets; car enfin on a vu des maladroits se tirer trèsbien d'affaire sur le terrain... — Mas j'en suis débanassé, puisqu'il eut parti, car il doit être parti, le polisson!