‹ Théatre du Figaro. Avec un rideau dessiné (volume 2)Chapitre 62 sur 77 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

LE CHAMP DE courts E

CALiGL'LA. — Voyez , Monsieur le Marquis , quelle foule ! C'est superbe ! Jamais tani de monde ne s'est vu SOUS tant de soleil !

MONSIEUR i.E MARQUIS. — Vous VOUS exprimez comme un fait-Paris. — Moi qui suis voire aîné, je trouve les courses bien déchues, vraiment, bien déchues.

CALIGULA. — Laissez-moi faire une caracolade devant ces dames. {// caracole.)

MARIE. — Mon ami Vase Étrusque, comme on me re-

202 THÉÂTRE DU FIGAUO

garde! Les beaux sourires quand je passe! Cela ine rend toute joyeuse.

VASE ÉTRUSQUE, — Voici mou projet. Au moment de la course... Mais vous ne m'écoutez pas, Marie!

MARIE. — Si fait. Continuez. — Les brillants genlilsiiommes! (Comment appelle-t-on celui qui lorgne de ce côté?

VASE ÉTRUSQUE. — Je ue sais. M. de B..., je crois. Au moment de la course donc, il faudra fuir, — entendezvous?

MARIE, étonnée. — Fuir?

VASE ÉTRUSQUE. — Oui, Marie, fuir! Fuir par delà les plaines, les montagnes, les fleuves, les villes ! Fuir dans mes forèls, là-bas, tout là-bas, où est la liberté, où est l'amour ! Fuir, loi et moi ! — Comprends-tu quelle allégresse de n'avoir plus ni joug, ni entraves; de vivre fier, indompté, loin du regard des hommes ! — Écoute : après la deuxième haie, je sais un chemin qui longe le bois ; bon gré mal gré, je laisserai mon cavalier dans les buissons ou dans la rivière. Tu me suivras.

îiARiE. — Y songez-vous? lUmoncer à ces fêtes, à cet enivrement!...

VASE ÉTRUSQUE. — Vous hésilcz, Marie? L'éclat et le monde ont sur vous un trop grand empire, je le vois. Ah! je suis un cheval bien malheureux !

MARIE. — Je vous suivrai, Vase Étrusque.

MONSIEUR LE MARQUIS, 'À paH. — Elle a étouffé un soupir, c'est bon signe. [Hauty à Caligula.) Fh bien, mon

cher Caligula, quand aurez-vous fini vos courbettes cl vos ruades? D'honneur, on vous prendrait pour un cheval savant. Que signifient ces balancements de tèle et ces mouvements de valse? Nous ne sommes pas sur un champ de foire ici, et c'est peu digne de voire blason de vous coniporler de la sorte. Il y a des bornes à tout, que diable ! Vous posez trop, mon cher; je vous le dis en camarade, vous posez trop !

cAi.iGULA, à part. — IIuiii ! ce mauvais plaisant Jie me revient pas du tout.

Page 1