LE CORRESPONDANT NAÏF
Paimhœuf. — Monsieur le directeur, notre cité vient d'avoir, elle aussi, ses jours de fôte, grâce à l'excellente troupe de H. Battuécas, qui y a donné quatre représentations. Nous avons entendu pour la première fois un opéra-comique intitulé : Fra Diavolo ou V Hôtellerie de Terracine. 11 s'agit, dans cette pièce, d'un brigand aux manières élégantes, qui fait la cour en même temps à la femme d'un milord et à une servante d'auberge. Cette donnée originale a fourni d*heureuses saillies à l'auteur des paroles; quant à la musique, on l'a écoutée avec bienveiUance. Ce qui a été le plus applaudi, c'est un solo de basson, ingénieusement intercalé dans l'ouverture, et exécuté par un amateur de première force de notre ville.
Le spectacle a été suivi, ce soir-là, de Michel et Christine^ vaudeville en un acte, qui a tiré de douces larmes d'attendrissement des yeux de nos jolies Paimbœuvaises. Vous saurez, monsieur le directeur, que
c/csi l'histoire d'un lancier français, nommé Stanislas, à qui son colonel expirant a remis sur le champ de bataille un portefeuille, en lui recommandant d'en faire bon usage. Le lancier s'arrête dans une auberge qu'il a l'intention d'exploiter pour son propre compte, mais il renonce à ce projet en faveur du jeune paysan Michel. Une actrice de la troupe s'étant trouvée subitement indisposée, c'est le régisseur qui a dû lire le rôle de Christine. La pièce n'y a pas perdu : M. le régisseur a mis beaucoup de sentiment dans sa diction, et il a été rappelé avec les autres acteurs.
Nous avons eu le surlendemain la Grâce de Dieu; c'est un mélodrame tellement compliqué que vous me pardonnerez de ne pas vous en faire l'analyse. 11 y a du pathétique dans plusieurs endroits, et le style est coulant en général. xMadamfi Dubuc, qui jouait Marie, a captivé les suifrages de tous les connaisseurs.
Connaitriez-Yous par hasard les Deux divorces? NoM un petit bijou ! Il serait à souhaiter que tous nos auteurs prissent modèle là-dessus. H. Battuécas, le directeur, a été impayable en père Lefèvre, surtout lorsqu'il est en ribote et qu'il veut se séparer de sa femme. C'était la nature prise sur le fait. Madame Battuécas a aussi bien du mérite.
La troupe a fait ses adieux en rejouant, à la demande générale, Fra Diavolo ou l'Hôtellerie de Teiracine, A la fin de l'ouvrage, on a jeté à madame Battuécas une couronne avec ces quatre vers :
A vous nos souvenirs, ravissante sirène !
Tous les cœurs de Paimbœuf vous proclament leur reine;
Revenez donc parmi notre population:
Vous nous délasserez de nos occupations.
L*auteur do ces jolis vers est, dit-on, le propriétaire de rhôtel du Commerce.
On parle de Tarrivée prochaine d un acteur célèbre, nommé Bardou. J*irai Taltendre au bateau à vapeur.
Paty-Boulai.