COTÉ SAIKT-JULES COTÉ ENGOULEVENT
sAisT-JutEs , à M. Gâte'- engoolevekt, sml. —
chair y professeur d'es- A'nsi donc, il y a par le
aime. — Monsieur, je monde un être que je ne
viens chez vous, attiré par connaissais pas avant hier
Votre réputation d'abord, et que je ne reconnaîtrais
et ensuite par votre nom, pas aujourd'hui; un hom-
dont l'énergie significative me qui m*a traité d'im-
me plaît et semble offrir une garantie à mes projets homicides.— Monsieur Gâtechair, je me bats dans trois mois, jour pour jour.
Malheureusement j*ignore l'épée, autant que le fils Ducantal ignorait le trombone. Pouvez-vous, dans le. délai précité, me mettre en mesure de disputer ma vie, à laquelle j'ai plusieurs raisons particuhères de tenir?
11. GATECiiAiR. — Je le crois, monsieur, sans toutefois répondre de rien.
Cela dépend de vos dispositions et de beaucoup de circonstances.
SAINT-JULES. — Eh bien, monsieur, commençons.
pcriinent, qui iii*a frappé publiquement au visage (le sang de la colère m'en monte aux yeux quand j'y pense!) Cet homme va, pendant trois mois, s'occuper exclusivement des moyens les plus propres à ma desiruclion. — Trois mois ! il faut convenir que mes lémoins en ont agi libéralement avec lui. Je sais bien, ma force à Tépée élantcoiinuc, qu*ilsnepouvaient décemment lui refuser sa demande. Mais trois mois! pourquoi pas trois ans? un mois lui suffisait pour se faire honorablement blesser. — N'importe ! dans trois mois ce monsieur Saint-Jules recevra une correction dont il gardera le souvenir, je le jure !
Quinze jours après.
LE PREVOT de M, Gâtechair, à Satw^Jtt^e5.— Recevez mes compliments; vous allez bien, très-bien. Le jarret a de Tassiette, le bras a du ressort.
SAINT-JULES. — Vous êlOS
trop bon.
LE PREVOT. — Non , je parle sincèrement. Ce qui me charme en vous, c'est surtout votre sang-froid.
sAiHT-JULEs. — Je Fai toujours eu.
LE PRÉVÔT. — Une qualité inestimable ! Avez-vous de la fortune?
sAi«T-jDLES. ~ Peu.
LE PREVOT. — De la famille?
SAI5T-4ULES. — PluS.
LE PREVOT. — De Tambition?
SAINT-JOLES. — Pas.
LE PRÉVÔT. — De lamour?
SAI»T-JULES. — Prou.
Quinze jours après.
LE COHCIERGE. — Ulie
lettre pour monsieur.
ENGOULEVENT. — Merci.
De Buenos-Ayres et cachetée de noir! Ce doit être de mon oncle qui est dans les cacaos. (Lisant.) Ah ! mon Dieu ! il est décédé, me léguant une fortune considérable. Une fortune; cela est écrit. Je n'y comptais pas si tôt, le ciel m'en est témoin; mais puisque la voici, qu'elle soit la bien arrivée. Mon cher oncle, que j'ai toujours vénéré de son vivant, ne trouvera pas mauvais que je me réjouisse de ce qui vient de lui. Il devait bien d'ailleurs s'y attendre un peu, en testant. (Attendri.) L'heure de la délivrance a sonné pour lui :
il était dans les cacaos, il est dans le ciel à présent !
LE PREVOT. — Vous êtCS
dans les meilleures conditions pour vous battre.
Vous sentez-YOus las? Désirez-vous vous reposer?
SAINT-JULES. — Non.
LE PREVOT. — Bravo î recommençons. (Ils ferraillent,)
— Uûe fortune 1 à quoi vais-je l'employer? quels sont ceux de mes rêves que je réaliserai les premiers? Hésitation délicieuse ! horizon tendu de félicités ! Je veux acheter du terrain dans le haut du
faubourg du Temple
[Sombre.) Diable ! moi qui ne pensais plus à ce maudit duel!
Un mois après.
UiN AMI. — Ah çàl dis donc, Saint-Jules, il paraît que tu mènes une existence passablement dissipée depuis quelque temps. Est-ce vrai? On prétend que tu n*as pas assez de fenêtres pour jeter Ion argent...
sAiKT-JULES. — C'est vrai, mais j'en fais percer.
l'ami. — Tous les jours des parties de plaisir!
Un mois après.
m AMI. — Pars-tu avec nous, Engoulevent? Nous allons faire un voyage adorable, Léon et moi, en Espagne, avant que les chemins de fer aient entièrement ruiné les sierras.
Pars avec nous, Engoulevent.
ElfGOOLEVE.NT. — Jc nC
peux pas.
l'ami. — L'été est intolérable à Paris, tu le sais
SAINT-JULES. — Ajoute *.
et toutes les nuits.
l'ami. — Au train dont tu cours, tu n'auras plus le sou dans un an, Saint- Jules.
SAINT-JULES. — Qu'est-ce que cela me fait? Je me bats dans six semaines.
l'ami. — Avec qui?
sAiNT-JULE^. — Un M. Engoulevent, une lame de première force. Ma foi! à tout hasard, je me hâte de jouir; je me couronne de roses, comme les anciens. Cela ne me va pas trop mal, n'est-ce pas?
L AMI. — C'est différent, et tu as peut-être raison.
Adieu, Saint-Jules. Adieu et bonne chance.
SAINT-JULES, seul. — Lc
fait est que mes derniers moments seront fort doux, grâce à ce duel. (Il s'éloigne en fredonnant.)
bien. Dans quinze jours, il n'y aura plus que toi sur le boulevard. Pourquoi préférer le ridicule à notre compagnie? Tu es riche et libre. Engoulevent.
ENGOULEVENT. — Richc,
oui; libre, non. Je me bats dans six semaines.
l'ami. — Avec qui?
ENGOULEVENT. — Lc premier venu, un M. Saint- Jules.
l'ami. — A propos de quoi?
ENGOULEVENT. — J'ai rcçu une paire de giffles.
l'ami. — Quoi ! toujours cette ancienne affaire? je la croyais terminée depuis longtemps. C'est différent, alors. Adieu, Engoulevent.
Adieu et bonne chance.
ENGOULEVENT, Settl, — Jc
les aurais volontiers accompagnés sans ce duel.
Quel ennui I (// s'éloigne, soucieux,)
Deux mois après.
SAINT-JULES, dans un bondoir, couché aux pieds de Cydalise. — Fais-moi une cigarette.
CYDALISE. Que tu CS
beau, mon Saint- Jules!
SAINT-JULES. — Tu trouves?
CYDALISE. — Fais donc semblant de l'ignorer , mauvais sujet!
SAINT-JULES. — La peste m'étouffe si je savais être beau, il y a deux mois!
C'est l'approche de ce duel qui m'a donné la beauté, comme elle m'a déjà donné l'aplomb et l'audace. Je puis te dire cela à toi, Cydalise; il existait en moi un homme que je ne soupçonnais pas. En deux mois, je me suis absolument transfiguré. Mon intelligence s'est éclairée à giorno; j'ai touché à un
Deux mois après.
ENGOULEVENT, dans UU jardin, donnant le bras à unejetme fille, — Chère Anna , appuyez-vous sur moi. La belle journée de printemps , n'est-il pas vrai?
ANNA. — Quand nous serons mariés, me mènerezvous souvent au bal?
ENGOULEVENT. — Autant que vous le souhaiterez, mon âme!
ANNA. — Et vous m'aimerez... toujours?