LES MÊMES, M. LATOUR (SAINT-YBARS
M. LATOUR SAiNT-YBARs, entrant d\n air mystérieux; à part. — Il est seul. (Haut.) Vous êtes bien monsieur Lambert Thiboust?
M. LAMBERT THIBOUST. — Oui, mousicur; et vous, monsieur Lat...
M. LATOUR (sAiNT-YBARs). — Chut ! parlons bas; on pourrait surprendre notre conversation. Vous devez savoir ce qui m'est arrivé, en compagnie d*un journaliste, devant la fontaine de la place Louvois?
M. LAMBERT THiBOusT. — J*en ai cu quclquG vent.
M. roKSARD, entrouvrant la 'porte du cabinet, — Ah ! mon Dieu ! c'est Saint-Latour ! Qu'est-ce qu'il vient faire ici?
M. LATOUR (sAîNT-YBARs). — Ma vie cst scmée d'embûches; en veut m'arrôter dans ma carrière. Mais je serai plus fort que mes ennemis, — voyez-vous, ma vieille!
UMBERT THIBOUST, à fart. — Lui aussi !
M. LATOOR (sAiNT-YBARs). — Ou veut me fermer le chemin de la comédie ; soit, je prendrai le sentier du vaudeville.
M. LAMBERT THiBorsT. — Très-joUo image !
M. LATOOR (sAiNT-YBARs). — A propos de jolie image, avez-vous vu ma petite Folle?
M. LAMBERT THIBOUST. — <îuelle petite folle?
M. LATOOR (saint- YBABs). — La Folle du logis ^ au Gymnase.
M. LAMBERT THIBOUST. — J'ou ai cu quclque vent.
M. PONSARD, entr'ouwant la forte du cabinet. — Lambert se répète... mais c'est un moyen d'hilarité. Surprenons les secrets de la rampe.
M. LATOOR (sAiNT-YBARs). — Eh bien! plus de Folle du logis; ils l'ont supprimée, mon petit!
M. LAMBERT THIBOUST. — Et Ics dioux u'out pas touné? Jupin n'a pas saisi ses carreaux?
M. LATOUR (sAiNT-YBARs). — Ah! Ics dieux ! — A Chaillot, les dieux! (M. Lambert Thiboust $*incline.) Je ne
crois plus à l'Olympe. Je ne crois qu'au théâtre du Palais-Royal. J'y étais hier encore.
M. LAMBERT THiBOOsT. — En Catimini?
M. LATOUR (sAiNT-YBARs). — On jouait VOS Mémoives de Mimi Bamboche, C'est déplorable, mais cela m'est égal. J'ai juré d'en faire autant, — cela ne doit pas être difficile. Chez nous, à Saint-Ybars, nous avions autrefois une société d'amateurs qui s'amusaient à faire des vaudevilles. On se mettait cinq ou six autour d'un bol de punch, et quand le punch était fini, il fallait que le vaudeville fut terminé.
M. LAMBERT THiBOusT. — Oui, c'est la vicillc manière. ^k>us ne serons pas cinq ou six, mais nous serons trois, si vous le permettez; vous, moi et...
M. LATOUR (sAiJNT-YBARs). — Jc sais... Un confiscur avec lequel vous travaillez habitueMement.
M. LAMBERT THIBOUST, souHant. — Ce ne sera pas, cette fois, le confiseur. — Notre nouveau collaborateur est là ; (il indique le cabinet) il pioche.
M. poKSARD, refermant vivement la 'porte du cabinet, — Qu'est-ce qu'il dit donc?
M. LATOUR (sAiNT-YBARs) . — Ah ! il cst là? — Soyez tranquille, s'il pioche, je bûcherai, moi. Je suis du Midi, comme Bardou et Granier de Gassagnac.
LE VALET DE CHAMBRE, entrant, — Une lettre pour monsieur.
M. LAMBERT THIBOUST. — Donuc. (A M, Latour {Saint- Ybars.) Vous permettez?
M. LATOOR (sAiKT-YBARs). — Comnicnl doDC ! Il me tarde de donner l'essor à ma verve désopilante. (Il parcourt la chambre en fredonnant.)
M. LAMBERT THiBousT, regardant la signature, — De M. Viennet! — Il m'avertit de sa visite. Je la trouve forte, celle-là. [A M. Latour (Saint-Ybars). Entrez, s'il vous plaît, dans ce cabinet, — à gauche du spectateur.
— Je vous enverrai dans quelques instants votre part de travail.
M. LATOOR (sAiNT-YBARs). — Déjà? Surtout ne me confiez que des scènes de la plus stricle décence. Je suis enjoué, mais chaste. (Il entre dans le cabinet.)
M. LAMBERT THIBOUST. — Soycz trauquiUe. Justemei^ votre collègue a réclamé pour lui les scènes de badinage.
M. LATOUR (sAiNT-YBARs), rowrant la porte du cabinet.
— Coucou!
M. LAMBERT THIBOUST. — Ah! farceur! Très-bien. Vous êtes dans l'esprit de votre état. Vous me rappelez "Sainville, — avec de la barbe. (M. Latour (Saint-Ybars) referme la porte du cabinet.)