‹ Théatre du Figaro. Avec un rideau dessiné (volume 4)Chapitre 50 sur 70 · LE TERME · texte numérisé non relu

LE TERME

Encore la mansarde du poète. Fenêtre ouverte. Au bord de la fenêtre, un conciliabule de moineaux. Dans la chambre, des hardes éparses, des livres. Le poëte assemble des paquets.

un MOWEAU. — Qu'est-ce que lu fais donc là, poète?

LE POETE. — Tu le vois, je déménage.

LE MOINEAU. — Sapristi !

LE POËTE. — Et je n'ai pas une minute à perdre; à midi, il faut que tout soit vide céans. (Il entasse des fnanuscrits dans une vieille malle.)

UM DRAME EN VERS, SB plaignant. — Oh! là! là! le butor ! j*ai mon cinquième acte tout replié.

UN ROMAN COMMENCÉ. — Oufl OU UC boUSCUlc paS IcS

gens de la sorte ; mon héroïne doit avoir au moins le premier chapitre démis.

LE MOINEAU. — Pourquoi l'en vas-tu, poëte?

LE POETE. — Il est bon là, le moineau! Je m'en vais parce que le propriétaire m'a donné congé.

SECOND MOINEAU, sHmmisçant dans la conversation, — Le propriétaire, nous le connaissons : c'est la robe de chambre jaune du premier étage.

LE POETE. — Juste. Un joli monsieur!

PREMIER MOINEAU. — Nous tc regreltons, poêle; tu n étais pas méchant, quoique tu eusses parfois des mines effarées et que tu parlasses tout seul, avec de grands gestes ; mais tu ne nous faisais pas peur ; nous t'écoutions, et cela nous amusait. Ton successeur ne sera peutêtre pas aussi drôle.

SECOND MOINEAU. — Nous rcgrettous également les croûtes de pain trempées dans leau, que tu nous jetais.

LE POÈTE. — Bon, bon, cela ne vaut pas la peine de me remercier, mes petits amis. (Une pendule sonne j pas che% lepoëtey au dehors.) Dix heures! hâtons-nous.

PREMIER MOiiiEAu. — Que pensera la jeune dame d'en face, lorsqu'elle ne te verra plus?

LE POÈTE. — Ah ! tu t'es aperçu. . . Moineau, mon bonhomme, vous appartenez à la police.

LA SONNETTE. — Drclin, drelinî

LE POETE. — Oui, sonne, sonne; c'est ta dernière heure, ma mie ; tu ne me causeras plus de tressaillements; sonne tant que tu voudras. {Il va ouvrir et se trouve devant le concierge.) Vous venez voir si cela s'avance, pèreMathias, n'est-ce pas?

LE CONCIERGE. — Je n'ai pas la cruauté que vous me supposez, monsieur. Et cependant je dois m'avouer coupable envers vous d'un grand meschief.

LE POETE : — Mon portier qui parle comme Rabelais, à présent ! — Expliquez-vous, père Mathias.

LE CONCIERGE, embavrassé, — Vous savez bien ce bulletin de la Banque, que je vous ai remis hier, au sujet d'un effet de trois cent qualre-vingts francs souscrit par vous...

LE POETE. — Aïe !

LE CONCIERGE. — Yous Tavioz oublié sur votre table; après votre départ, je m'en suis aperçu.

LE POETE. — Bah! c'est bien possible. Fatale étourderie !

LE CONCIERGE, uît piôd de rouge sur le front. — Je ixi'en suis emparé, et, comme il vous invitait à aller payer avant cinq heures, j'ai pris la liberté d'aller payer à vot.TQf\2ice, (Vivement.) Excusez-moi, monsieur, j'ai cru l>ien faire !

LE POETE , sévèrement. — Vous avez rembouisé ce l>iJlet?

i-E CONCIERGE, coYifus. — Avcc mes petites écono- Jrriies.

1-E POETE, ajyrès un moment de silence. — Monsieur Mathias, votre conduite n'a pas de nom... je pourrais ^^o plaindre aux tribunaux, vous faire arrêter...

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