‹ Théatre du Figaro. Avec un rideau dessiné (volume 4)Chapitre 54 sur 70 · LE CHAMP DE COURSE · texte numérisé non relu

LE CHAMP DE COURSE

CALIGULA. — Voyez , Monsieur le Marquis , quelle foule ! C'est superbe ! Jamais tant de monde ne s'est vu sous tant de soleil !

MONSIEUR LE MARQUIS. — Vous VOUS cxprimcz commc un fait-Paris. — Moi qui suis votre aîné, je trouve les courses bien déchues, vraiment, bien déchues.

CALIGULA. — Laissez-moi faire une caracolade devant ces dames. (/{ caracole,)

MARIE. — Mon ami Vase Étrusque, comme on me re-

garde! Les beaux sourires quand je passe! Cela me rend toute joyeuse.

vàse étrusque. — Voici mon projet. Au moment de la course... Mais vous ne m'écoutez pas, Marie!

MARIE. — Si fait. Continuez. — Les brillants gentilshommes ! Comment appelle-t-on celui qui lorgne de ce côté?

VASE ÉTRUSQUE. — Jc ue sais. M. de B..., je crois. Au moment de la course donc, il faudra fuir, — entendezvous?

MARIE, étonnée, — Fuir?

VASE ÉTRUSQUE. — Ouî, Marfc, fuir ! Fuir par delà les plaines, les montagnes, les fleuves, les villes ! Fuir dans mes forô(s, là-bas, tout là-bas, où est la liberté, où est Tamour ! Fuir, toi et moi ! — Comprends-tu quelle allégresse de n'avoir plus ni joug, ni entraves; de vivre fier, indompté, loin du regard des hommes ! — Écoute : après la deuxième haie, je sais un chemin qui longe le bois ; bon gré mal gré, je laisserai mon cavalier dans les buissons ou dans la rivière. Tu me suivras.

MARIE. — Y songez-vous? Renoncer à ces fêtes, à cet enivrement ! . . .

VASE ÉTRUSQUE. — Vous hésitcz, Marie? L'éclat et le monde ont sur vous un trop grand empire, je le vois. Ah! je suis un cheval bien malheureux !

MARIE. ■— Je vous suivrai, Vase Étrusque.

MONSIEUR LE MARQcis, à part. — Elle a étouffé un soupir, c'est bon signe. (Hauty à Caligula.) Eh bien, mon

cher Caligula, quand aurez-vous fini vos courbettes et vos ruades? D'honneur, on vous prendrait pour un cheval savant. Que signifient ces balancements de tele et ces mouvements de valse? Nous ne sommes pas am un champ de foire ici, et c'est peu digne de voire blason de vous comporter de la sorte. Il y a des bornes A tout, que diable ! Vous posez trop, mon cher; je vous le dis en camarade, vous posez trop !

CALIGULA, à farU — Hum ! ce mauvais plaisant ne me revient pas du tout.

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