‹ Théatre du Figaro. Avec un rideau dessinéChapitre 6 sur 116 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

Le Ibéâtre représente un salon. An lever du rideau, M. de Boutdensac, personnage opulent, cause familièrement avec un jeune homme que nous désignerons sous le nom de Landry. •

DE BouRDERSAc. — Pourquoi n'avez-vous pas commencé par 'me dire cela tout de suite? Que vous êtes enfant! C'est mille écus qu'il vous faut?

LAiiDRT. — Mille écus, oui. El je peux vous avouer...

DE BOURDERSAC. — N'avoucz rion; c'est inutile. Je vous en yeux seulement d'avoir pris tant de détours avec moi.

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LANDRY. — Ecoutez doiic; si vous croyez que c'est amusant d'emprunter!

DE BOURDENSAC. — C'cst pourtaiit bien naturel.

LAKDRY. — Je voudrais vous y voir.

DR BOURDENSAC. — Ma foi, uion cher, vous m'y verriez moins gauche et moins embarrassé que vous, j'en ai la certitude. Vous autres, hommes d'intelligencei — non, je veux dire hommes d'art et de poésie, — vous ne savez pas le premier mot de la théorie de Temprunt. Vous arrivez chez nous avec des mines contrislèes, avec des regards inquiets, avec des paroles bourrées de défiance. Votre abord seul nous donne froid. Que diable! ne saunez-vous nous faire la gracieuseté d'une physionomie épanouie et cordiale? L'incertitude du résultat, dites-vous. Eh! mon cher Landry, lorsque vous vous avisez de faire la cour à une femme, n'avez- vous pas la même incéilitude? Cela ne vous empêche pas de déployer auprès d'elle toute votre amabilité. Eh bien, un rendez-vous d'argent est la même chose qu'un rendez-vous d'amour; vous êtes conduit à l'un comme à Tautre par l'espérance. Or, l'espérance ne veut pas de ces airs mortifiés. — Je ne suis pas (rés-exigeant, et cependant j'ai pour principe que l'argent est comme la femme : il mérite qu'on lui fasse un peu la cour.

LANDRY. — Il y aurait bien des choses à vous répondre là-dessus.

DE BOURDENSAC. — Enfin, u'cst-il pas étrange que ce

soit moi, dans cette circonstance, qui cherche à vous remettre en votre légitime place? Vous doutez trop de vous, Landry; vous vous faites injure. Vous êtes homme d'esprit, je suis à peu près miUionnaire; nous sommes manche à manche. Si la partie était inégaie, ce ne pourrait être que de mon côté, car je n'ai pas toujours eu de l'argent, tandis que vous avez toujours eu de l'esprit. — Je vous prêterai vos miUe écus.

LANDRY. — Vous mc rcndcz là un service...

DE BOORDEnsAC. — Laisscz donc. J'attends précisément mon notaire aujourd'hui ou demain : nous avons à causer. Voulez-vous revenir après-demain?

LAHDRT. — Après-demain, soit.

DE BouRDENSAc. — G'cst uuc affaire arrangée, mon cher Landry. Je suis content que vous vous soyez souvenu de moi. Vrai! (Le reconduisant.) Eh! dites, voyezvous toujours la petite Chose?*

làhdrt. — La petite qui?

DE BooRDENSAc. — Faitcs douc l'ignorant ! Ah çà! de bonne foi, est-ce que vous croyez, parce que je suis devenu riche, que j'ai cessé d'être viveur? {S'appuyant sur le bras de Landry.) Il faudra que nous fassions un petit souper, un de ces soirs... à quatre. Vous verrez que je suis encore un assez bon compagnon.

LA2XDRT. — Je n'en doute pas.

DE BOURDENSAG. — Si, si, VOUS on doutcz. Vous êtes farci de préjugés contre la richesse. Mais vous ver-

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rez, vous verrez ! — Adieu, mon cher. A après-demain. Mille écus. Adieu.

LANDRY. — A après-demain.

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