OTTILIE
Oh! maman, en voilà assez.
MADAME DE GELDIIAUS.
Votre amitié lui serait bien précieuse.
GRETCHEN
Si elle en Veut, la VOilà. (Elle tend la main à Ottilie.)
OTTILIE , lui prenant la main.
Merci, mademoiselle. Ne me jugez pas sur les exagérations de ma mère. (Entre la famille de Hohenkopf.)
LE COMTE , à part.
Quelle singulière histoire ! Voilà les princesses qui jouent maintenant à la paysanne. Nous vivons dans un triste temps ! (Apercevant le banc.) Et juste en voilà une, flanquée de ces pestes de Geldhaus. Ce n'est pas la mienne : bon! Débarrassons la princesse de ces intrigants. C'est mon devoir. J'ai la fortune de la maison à refaire, (s'ap-
prochant de Geldhaus, et lui frappant sur l'épaule.) Eli bien ! Geld—
haus, voilà cette charmante Ottilie en bonne position.
GELDHAUS, froidement.
Gomme vous voyez, monsieur le comte. Mademoiselle que voici veut bien l'honorer de son amitié.
LA COMTESSE, à madame de Gcldhaus.
Recevez mes félicitations, ma chère madame. Je vous retrouve en brillante compagnie.
MADAME DE GELDHAUS, d'un air pincé.
Elle me dédommage de celle que j'ai perdue tout à l'heure, madame la comtesse.
LA COMTESSE, à Gretchen.
L'air de la ville vous fait- il du bien, ma belle enfant?
GRETCHEN
Je ne sais pas, madame, je ne fais que d'arriver.
LE COMTE , à part.
Elle s'en tire, ma foi, assez passablement. On jurerait une véritable paysanne.
LA COMTESSE , regardant Gretchen de côté. (A part.)
Voilà une princesse qui me paraît suspecte, (a madame de Geidhaus.) Chère madame de Geldhaus, un mot, s'il vous plaît.
MADAME DE GELDHAUS, s'avançant vers elle.
Qu'y a-t-il pour votre service ?
LA COMTESSE
Êtes-vous bien sûre que cette petite paysanne soit la princesse ?
MADAME DE GELDIIAUS.
Parfaitement sûre. Nous avons trouvé les Pétermann qui étaient en train de l'adorer.
LA COMTESSE
.Bien Obligée. (Elle s'assied brusquement .à la place qu'occupait
madame de Geldhaus.)
GELDIIAUS.
Voilà qui est impertinent, par exemple !
LE COMTE
Plaît-il, monsieur? Je crois que vous vous permettez de manquer de respect à madame la comtesse en ma présence, (il s'avance d'un air menaçant sur lui.)
G RE TC II EN, effrayée.
Je vous en prie, messieurs.
GELDIIAUS.
C'est par considération pour vous, mademoiselle, que je me tais, croyez-le bien.
Vous faites bien.
LE COMTE
LA COMTESSE
Ma chère Ottilie, soyez assez aimable pour céder votre place à ma fille. Elle vient de se blesser le pied.
MADAME DE GELDHAUS, à Ottilie, bas.
Je te défends de bouger.
GRETCIIEX, se levant, à Wilhelinine.
Tenez, mademoiselle, prenez ma place, (biio va sur ie devant de la scène.) Qu'est-ce qu'ils ont donc tous après moi? Cette petite demoiselle se trompait bien tout à l'heure. Ils n'ont pas l'air du tout de mépriser les paysannes par ici. Au contraire. Je n'oserais jamais dire aux gens tout ce qu'ils m'ont dit.
MADAME DE GELDHAUS.
Ottilie, ma chère enfant, puisque madame est clouée à ma place, cédez la vôtre à sa fille. Nous ne pouvons pas tolérer que mademoiselle demeure debout par suite de
leurs exigences. (Ottilie se lève, et Wilhelmîne s'assied.) LE COMTE, présentant la main à Gretchen.
Qu'il me soit permis de reconduire Son Altesse villageoise.
GRETCHEN, riant.
Qu'est-ce que vous voulez dire ?
LE COMTE
Oh ! entre nous ce n'est plus la peine de dissimuler. Vous avez bien fait de quitter la place. Vous ne pouviez pas décemment rester assise à côté de ce petit sac d'écus.
(il la conduit au banc.)
GRETCHEN
Je ne vous comprends pas, monsieur. (Eiie s'assied.)
LA COMTESSE
Vous devriez voir, monsieur le comte, que mademoiselle
désire rester dans SOn inCOgnitO. (A Gretchen, lui montrant sa
sue.) Tenez, voilà la seule compagne digne de vous. La voulez-vous pour amie ?
GRETCIIEX, à part.
Je n'y Comprends plus rien du tOUt. (A Wilhelmine, lui tendant la main.) Ce sera un grand bonheur pour moi.
LE BARON, entre. (A part.)
Mon Dieu ! mon Dieu ! est-il possible ! La princesse en paysanne ! quel oubli de sa dignité ! Comment arrêter le
SCandale? (Apercevant le banc.) Justement la VOilà. (S'avançant
vers Gretchen.) Eh quoi ! Son AlteSSC. (il aperçoit Gretchen et
demeure ébahi.)
LE COMTE
Eh bien ! quoi, baron? Son Altesse?...
LE BARON
Ce n'est pas elle.
LE COMTE
Ce n est paS elle ! (Prenant Gretchen par la main et la conduisant
à ottiiie.) Que nous ne privions pas plus longtemps mademoiselle Ottilie de sa noble amie.
G EU) II A US, prenant Grctelicn et la conduisant à Barbara.
Du tout, du tout, elle appartient à mademoiselle Barbara.
PETERMANN, la repoussant.
Voulez-vous bien vite vous en aller, petite fille. On vous apprendra à vous jouer des familles respectables.
GRETCHEN
Eh ! mon Dieu, messieurs ! qu'est-ce qui vous prend
donc s (Entre la princesse, costume de princesse.)
LA PRINCESSE, tendant la main à Gretchen.
Puisque personne ne veut plus de vous, ma pauvre Gretchen, venez avec moi, je serai très-heureuse, moi, de votre amitié.
GRETCHEN
Quoi! la princesse, c'est vous? Ah! j'ai trop de bonheur!
LE COMTE, à part.
Ah çà! elle ne savait donc pas?... Qu'est-ce que c'est que tout ce carnaval? (a ia princesse.) Je m'excuserais auprès de Son Altesse si je n'avais pas plaisanté avec une paysanne.
LA PRINCESSE
Vous pouvez vous excuser, monsieur, vous avez manqué à une femme.
LA COMTESSE
Vous êtes un psu dure, princesse, vous oubliez qu3 nous vous valons.
LA PRINCESSE
Si les comtesses valent les princesses, midime, les paysannes valent les comtesses. Il faut tout respecter ou tout laisser. Choisissez.
MADAME DE GELDHAUS.
Son Altesse peut tout se 'permettre. Elle est sûre de son rang. Mais nous avons à défendre le nôtre; sans cela elle peut croire que nous n'aurions jamais...
LA PRINCESSE
A votre place, madame, je serais plus fière que cela. Qui vous empêche de vous faire un coeur de princesse? (Montrant Gretchen.) Voilà une enfant qui n'a pas eu besoin d3 rang pour se mettre à mon niveau.
MADAME PETERMANN
Je n'ai pas grand' chose à dire, moi. Je suis toute honteuse et je vous prie de me pardonner.
LA PRINCESSE
Je vous pardonne de tout mon cœur, madame Petermann. Une autre fois n'empêchez plus .votre Barbara d'être aimable avec ses inférieurs.
PETER MANN
Voilà mes supérieurs de tantôt qui me retombent sur le nez.
LE BARON, amenant la princesse sur le devant de la scène.
Tout cela est très-beau, princesse; mais vous vouliez une compagne d'études. Comment ferez-vous?
LA. PRINCESSE
Je ferai SOn éducation. (Se tournant vers les trois familles.) Il
me reste de cette aventure le plaisir d'avoir vu vos filles, mesdames. Si vous ne redoutez pas trop pour elles la société de ma petite Gretchen, je vous prie de me les envoyer.
LE BARON, s'avanrant.
Ceci vous apprendra, messieurs, à être polis envers les gens, quel que soit leur habit, parce qu'on ne sait jamais ce qu'il y a dessous.
LA PRINCESSE, le ramenant sur le devant de la scène.
Vous êtes un grand philosophe, mon cher baron ; mais j'aurais dit, moi, autre chose. 11 faut être poli avec les gens, quel que soit leur habit, parce qu'on sait toujours ce qu'il y a dessous.
LE BARON
Et quoi donc, vilaine enfant?
LA PRINCESSE
Un enfant de Dieu, mauvais chrétien!
Pièce composée pour la clôture d'un cours de botanique.
PERSONNAGES
M. LINNEE.
LE MAÏS